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La Normandie se réveille aussi à l’international par Didier Patte

Dernière mise à jour 12/11/2017

Idées. Le Président Hervé Morin aime à répéter que la Normandie est, avec la Californie, parmi les régions les plus connues dans le monde. C’est sans doute vrai : en tout cas, cette notoriété, qui fut quelquefois cher payée, est un atout que l’Exécutif régional entend bien faire fructifier. Depuis bientôt deux ans, les responsables normands parcourent le monde. Soyons plus précis : la Russie, l’Iran, la Tunisie, les Iles de la Manche, bien entendu, et, maintenant, l’Asie (Corée du Sud, Japon, Chine…) et l’Australie sont ciblées par l’activisme diplomatique et commercial de délégations normandes composées d’Elus et de chefs d’entreprises. Les résultats de ces démarches sont encourageants. Symboliquement peut-être, l’exportation de 300 vaches normandes vers l’Iran – début d’un courant d’échanges profitables aux éleveurs normands – s’est concrétisé ces dernières semaines, mais il faudrait y ajouter l’ouverture de boutiques Saint – James, notamment à Séoul, et bien d’autres initiatives qui montrent que la Normandie travaille dans le concret et se réveille d’une trop longue léthargie due à sa division qui la rendait mal perçue. Certes, nombre d’entreprises normandes avaient déjà prospecté les pays étrangers, comme il sied à une économie en voie de mondialisation, mais tous ces efforts n’étaient pas reconnus comme un nouveau volontarisme normand. On commence à chasser en meute et cela paie. La réunification a provoqué de nouvelles synergies et l’Exécutif régional, en pesant de tout son poids, confère au dynamisme normand une cohérence que l’on remarque chaque jour davantage.

Cesser de fonctionner en solo

                L’Agence de l’Attractivité de la Normandie réveille la diaspora des Normands, plus nombreux qu’on ne le croit, disséminés à travers le monde, connaissant pour certains des « success stories » particulièrement appréciées des habitants des pays où ils exercent leurs activités. Le but de rassembler ces Normands épars à travers le monde est, d’une part, de les conforter dans l’idée que la Normandie leur reste proche, et, d’autre part, de profiter de leur expérience, voire de leur entregent, pour prendre pied dans des marchés nouveaux et saisir des opportunités signalées par nos compatriotes installés sur place. Disons-le carrément, d’autres que nous ont procédé de la sorte et l’on ne compte plus les associations de Bretons, d’Alsaciens ou de Basques regroupés dans tel ou tel pays et qui gardent le contact avec leurs régions d’origine. Espérons que, dans quelques années, des associations de Normands de ce type montreront une vitalité de bon aloi.

                Quoi qu’il en soit l’Agence de l’Attractivité de la Normandie, présidée par Philippe Augier, maire de Deauville, et animée par… un Britannique installé en France, Michael Dodds, devient le bras armé (si l’on peut dire) de la politique internationale de la Région Normandie. Ses ambitions sont immenses : « Fédérer les Normands – tâche difficile avec les farouches individualistes, « sires de sei », que nous sommes...-, faire rayonner la Normandie, faire des Normands des prescripteurs actifs de leur région, qu’ils en soient fiers, créer un réseau d’entreprises partenaires qui partagent les mêmes valeurs, un attachement territorial » (Michael Dodds). Et Philippe Augier d’ajouter : « Les Normands ont toujours fonctionné en solos et en silence, il faut que les solos se parlent entre eux » (in Ouest-France, le 27 octobre 2017).

                Rompre le silence, voilà une nouveauté en Normandie. Les titres de la presse régionale en témoignent : « La Normandie courtise l’Asie » (Ouest-France, 30 octobre), « Paix : le oui de Ban Ki Moon à H. Morin » (Ouest-France, 31 octobre), « Isigny – Sainte-Mère à Séoul : et de trois » (Ouest-France, 2 novembre), « Les entreprises normandes chassent en meute en Asie » (Paris-Normandie, 2 novembre), « Au bout du monde, des VRP normands » (Paris-Normandie, 4 novembre)… Petit aperçu de l’intensité du nouveau dynamisme normand à l’international. Cerise sur le gâteau, un reportage dans l’hebdomadaire Marianne (3 novembre), qui titre – en couverture ! - « La Normandie, championne du made in France ».

Au-delà du commerce la construction de la paix

                Il n’y a pas que la diplomatie commerciale à mettre à l’actif de la Région : une des grandes idées d’Hervé Morin, dans la ligne de la création du Mémorial de la Paix par le défunt Maire de Caen, Me Girault, est d’organiser à intervalles réguliers, en Normandie, un « Davos de la Paix ». Nul doute que cela accroîtra la notoriété de la Normandie (se souvenir qu’en 2014, à l’occasion de la commémoration du débarquement, nombre de chefs d’État étaient présents et, qu’à l’issue de cette rencontre, un « schéma Normandie » avait été élaboré à propos des affaires d’Ukraine et qu’il en est toujours fait référence dans les chancelleries). Toujours est-il que pendant le voyage récent de la délégation normande en Asie, Hervé Morin a reçu l’assurance de la participation du Secrétaire général de l’O.N.U., M. Ban–Ki–Moon, au prochain « Davos pour la Paix ». Hervé Morin a d’ailleurs poursuivi son périple vers l’Australie pour obtenir la présence du Premier ministre australien à cette conférence.

Région, décentralisation et pouvoir régalien

                Cette diplomatie régionale tous azimuts ne se fait pas en dehors de la fonction régalienne de l’État de représentation diplomatique, mais en accord et avec le soutien des représentants du Quai d’Orsay et, en l’occurrence, du conseiller diplomatique de Mme Buccio, préfète de la Région Normandie. Ce dernier, M. Bruno Bisson, s’exprime sur les réseaux sociaux à ce propos en disant « Ce que fait la Région, j’aime ! ».Il n’ ya donc aucune action fractionniste de l’Exécutif régional en la matière, mais une complémentarité recherchée entre la Région et l’État.

                Cela nous amène à une réflexion sur le rôle des Régions dans le cadre de la décentralisation régionale de la France.

                Plusieurs de nos correspondants nous ont interrogés sur l’affaire de la Catalogne dans la crise que l’on sait de la partie de bras de fer entre l’État espagnol et la province autonome de Catalogne. Que pense le Mouvement Normand de la volonté indépendantiste du gouvernement (déchu) de la Généralitat ?

                Comparaison n’est pas raison en l’occurrence. On ne peut comparer l’Etat-Nation espagnol et l’Etat-Nation français. Concernant le premier, on devrait plutôt dire « Les Espagnes », comme nous le répétait à satiété notre maître, le Professeur Pierre Chaunu. Certes, ces deux Etats ont toujours eu une tendance à la centralisation qui, dans le cas de la France, a tourné au jacobinisme. Hélas ! La défaite des Girondins en 1793 fut irrémédiable et la Capitale a, depuis, accaparé une bonne part du dynamisme français. La politique de décentralisation, faut-il le rappeler (et le déplorer!), ne date que de quelques décennies. A telle enseigne que les Régions – souvent pour notre malheur – restent encore presque totalement entre les mains de l’État, notamment par les dotations générales de fonctionnement que les Gouvernements successifs octroient à leur convenance, les restreignant comme l’on sait dans les périodes de vaches maigres. Les Régions françaises, de ce fait, n’aspirent qu’à un élargissement de leur autonomie de gestion. Et le chemin est long, très long, pour une gouvernance maîtrisée selon le principe de subsidiarité. De ce fait, il n’y a pas de véritable contestation des prérogatives de l’État (Défense – Diplomatie – Justice) et de son rôle à la fois péréquateur et organisateur des grandes lignes de la politique économique et sociale. Il arrive qu’on en souffre : ainsi, nous, Normands, déplorons que l’État central trop parisien n’ait aucune continuité dans sa politique maritime. Oui ! Nous voudrions une régionalisation des ports et, évidemment, une plus grande autonomie de gestion.

                Les mots importants sont lâchés : régionalisation, décentralisation, autonomie de gestion. Notre régionalisme œuvrant pour un certain autonomisme de gestion n’a rien à voir avec l’indépendantisme, le sécessionnisme.

La Normandie n’est pas la Catalogne

                Toute autre est la situation espagnole : la Catalogne jouit d’un autonomisme très poussé et qui vient de loin et, sans doute, les autres régions d’Espagne tendent-elles vers ce degré avancé d’autonomisme. Mais l’autonomie ne se conçoit que dans un ensemble dans lequel on s’intègre. Ici, c’est l’Espagne. Ce qui est en jeu aujourd’hui, c’est le sécessionnisme et l’indépendantisme en rupture complète avec l’ensemble espagnol. C’est un micro-jacobinisme qui aspire à disposer des pouvoirs régaliens dévolus à un Etat. Le séparatisme en l’occurrence n’a rien à voir avec le régionalisme ;

                En développant une politique extérieure de la Normandie en communion avec la diplomatie de l’État, l’équipe de M. Morin fait preuve d’une maturité et d’un équilibre fructueux. Coopération, convergence valent mieux que division dans un monde complexe où les grands ensembles s’imposent dans le cadre de la mondialisation. On peut, on doit même, critiquer l’Union Européenne telle qu’elle est. On ne peut l’ignorer, il faut essayer de la réformer, sans jamais oublier la valeur de l’héritage des « Normands, peuple d’Europe ». L’ouverture n’est pas qu’un slogan pour une Région d’échanges comme la Normandie. C’est le contraire d’un repli obsidional de « jacobins aux petits pieds ».

                La visite de Pierre Moscovici, commissaire européen, en Normandie et l’entente affichée entre ce haut responsable communautaire et le Président de Région Hervé Morin doit permettre à ce dernier de mieux défendre les dossiers normands à Bruxelles. On mesure, là, le retour – ou l’arrivée – de la Normandie dans le concert européen. C’est du concret.

Didier Patte

Rencontre Hervé Morin et Ban Ki Moon