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Stéphane Travert aux champs : « inverser la spirale funeste de la course au prix le plus bas »

Dernière mise à jour 31/08/2017
G à D : Annie Gachelin, Luc Vermeulen, Stéphane Travert, le Préfet du Calvados, Christophe de Balorre. photo P. Xicluna

Economie. Le « Salon aux champs » est bien caché…au milieu des champs, à St Pierre des ifs dans le Calvados, mais on finit par trouver un endroit qui rassemble quelque 15.000 personnes et 190 exposants de gigantesques matériels agricoles.

C’était la 20e édition du Salon aux champs, rencontre nationale du réseau Cuma (Coopérative d’utilisation de matériel agricole), qui a lieu tous les deux ans dans un département différent. Les Cuma que préside Luc Vermeulen rassemblent 220.000 adhérents, soit près de 50% des agriculteurs et représentent un chiffre d’affaires de 550 millions d’euros.

Quand on a un ministre sous la main on en profite pour lui faire connaître ses doléances et la rencontre n’a pas failli à l’usage.

Douloureux coup de rabot

Daniel Genissel, président de la Chambre d’Agriculture de Normandie a regretté que : « les choix budgétaires du Gouvernement amènent à une réduction de budget de 25 millions d’euros pour la Région ce qui représentera une baisse de plus 5% du revenu des agriculteurs, alors que la récolte 2017, si elle n’est pas aussi catastrophique que celle de 2016, est loin d’être satisfaisante ». Clotilde Eudier, Vice-Présidente de la Région en charge de l’agriculture, avec humour, n’a pas manqué de rappeler au ministre : « qu’il est toujours membre de la Commission Agriculture du Conseil Régional » et a incité les entreprises à : « s’approprier la marque Normandie pour faire vivre l’attractivité de la Normandie et en bénéficier. »

De la négociation puis la contrainte si nécessaire

Stéphane Travert, député socialiste de la Manche, converti très tôt au macronisme et devenu ministre de l’Agriculture, dit être venu au contact du terrain pour voir « ce qui ne va pas mais aussi ce qui marche ». Il a opté pour un ton du style « en même temps » propre au Président de la République dont on sent qu’il a totalement intégré les codes.

Il a rappelé le cap : « il n’est pas acceptable que les paysans ne gagnent pas un juste revenu, les Etats Généraux doivent permettre de trouver des solutions ».

« Le prix payé aux producteurs ne doit pas simplement couvrir les frais de production, il doit rémunérer le capital, le risque… » Les Etats Généraux ne se substituent pas à tout, ce qu’il faut : « c’est inverser la spirale funeste de la course au prix le plus bas ».

Trois parties sont en présence le producteur, le distributeur, le consommateur et ce dernier doit aussi avoir conscience que l’acte d’achat est un acte militant. Grâce aux relations contractuelles « il faut arriver à un équilibre gagnant / gagnant pour les trois parties. »

« Il y aura négociation, on favorisera le dialogue » mais, en même temps ; si l’avancée n’est pas suffisante, on n’hésitera pas à recourir à la contrainte par la loi ou par les ordonnances.

Des aides publiques, oui mais sans alourdir le déficit

Le ministre reconnaît que : « les aides publiques sont légitimes dans certains cas pour compenser des inégalités, pour accompagner les mutations, pour remédier aux aléas climatiques » mais en même temps « il faut se souvenir que la ressource publique est une denrée rare ». Il souligne qu’on est « face à une impasse de 850 millions d’euros et il est exclu d’aller puiser dans les caisses de l’Etat. » Pour rediscuter la PAC, ce qui est nécessaire, il faut arriver en position de force à Bruxelles, c'est-à-dire en ayant respecté le critère des 3%. Son souhait est qu’en Europe « la France retrouve des partenaires pour regagner son leadership » et pour cela il faut montrer patte blanche ou plutôt équilibre financier. Donc  on peut en déduire qu’il faut concilier aides et en même temps économies.

La compétitivité n’est pas un gros mot

Le 3e levier c’est la recherche et la compétitivité et le ministre souligne « ce dernier terme n’est pas un gros mot, il ne signifie pas l’abaissement de la protection sociale, de celle de l’environnement ou l’absence de respect des normes. La bonne réponse est dans l’innovation et la visite a largement montré comment les Cuma contribuent à réduire les coûts, elles sont sur la bonne voie et Stéphane Travert promet les associer à ses projets et aux négociations européennes. Ce qui est sûr c’est qu’avec plus de 3 heures passées au Salon aux champs, Stéphane Travert a très sérieusement labouré le terrain.

Ginette Bléry