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En vue


Jean-Louis Louvel : Normand d’abord, Rouennais ensuite et toujours super manager

Dernière mise à jour 28/01/2018
Jean-Louis Louvel : Normand d’abord, Rouennais ensuite et toujours super manager

En vue. L’enthousiasme chevillé au corps, la Normandie sur son étendard et Rouen sur son blason, tel un preux chevalier, Jean-Louis Louvel a foncé dans la mêlée du business en commençant par le rôle de fantassin. Ce quinquagénaire qui annonce maintenant un chiffre d’affaires de 900 millions d’euros consolidés contre 90 en 2009 et a démarré en 1993 tout seul avec deux copains dans la réparation des palettes, était l’invité du rituel déjeuner mensuel du Propeller Club de Rouen vendredi 26 janvier.

La belle histoire de son entreprise PGS fut présentée par le Président Georges Vincent. C’est l’itinéraire sans faute d’un autodidacte qui a démarré dans la réparation des palettes en bois, comprenant qu’il y avait là une seconde vie possible pour cet outil important de la logistique. Un choix contesté à l’époque par le milieu professionnel mais qui était évident à un fils d’ouvrier fauché qui a appris ce qu’étaient les économies. Jean-Louis Louvel c’est une véritable image d’Epinal de la réussite professionnelle, l’archétype idéal pour le Medef mais il montre également que l’entreprise c’est aussi tout autre chose que de faire de l’argent. D’ailleurs il l’affirme : « l’argent c’est un moyen de faire des choses. » Alors s’il a d’abord patiemment agrandi son empire de la palette tout en assurant moult fonctions dans les fédérations professionnelles, il a souhaité aussi s’engager pour la défense de son territoire. Sa participation à Rouen Normandy Invest aux côtés de Frédéric Sanchez atteste de son implication dans le rayonnement normand.

L’heureux écosystème normand du moment

Si le hasard des voyages l’a fait naître en 1966 à Royan, c’est au Havre qu’il a vécu sa jeunesse et ses brèves années d’une scolarité arrêtée à 16 ans puis, à Saint-Etienne du Rouvray, il a déployé son activité professionnelle. Le développement de la Normandie est au cœur de ses préoccupations au point qu’elle est un critère décisif pour décider de la reprise d’une entreprise.

Engagé pour le développement de la Normandie, il limite son action à l’économie, pas question d’être un élu et il se moque gentiment des politiques  dont il constate que « les mandats ne sont que des CDD. » Il se réjouit que la Région possède actuellement des équipes de choc : « un Morin punchy, un Sanchez plein d’ambition pour sa Métropole, un Philippe à Matignon, même s’ils ne sont pas du même bord politique, ils savent coopérer et faire avancer la Région et c’est ce qui compte ». Et de se réjouir de voir « enfin des grues en abondance sur Rouen », symbole d’activité, ce qui n’était pas le cas avant. Il dit aussi sa satisfaction devant les mesures gouvernementales de fusionner plusieurs comités dans les entreprises et avoue qu’il risque de se retrouver sous peu au tribunal pour n’avoir pas tenu à temps un CHSCT ! Les choses bougent manifestement, la Normandie renaît.

La méthode Louvel

Devant la réussite, l’envie est toujours de chercher la recette. Il dit avoir « l’intelligence du bon sens… prendre du plaisir au travail… se veut un acteur bienveillant … et se sent bien avec sa conscience » autant d’arguments de la sagesse la plus traditionnelle. Manifestement être autodidacte donne une soif insatiable d’apprendre et loin de s’enfermer dans une tour d’ivoire, il aime la pratique des créateurs de startups « qui avancent vite parce qu’ils partagent leurs connaissances ».

Sa reprise de Paris-Normandie est sur ce point exemplaire. Il ne connaissait rien à la presse alors il est allé à Toulouse voir à la Dépêche comment cela se passait. Par contre pour le site internet du journal il s’est tourné vers les informaticiens plutôt que vers les journalistes. En tant que chef d’entreprise, l’information économique lui importe alors il a demandé « le retour des pages saumon » qui sont consacrées désormais à cette rubrique. Tout en respectant la liberté des journalistes, il leur a suggéré de « voir le verre à moitié plein plutôt qu’à moitié vide ». On retrouve dans cette décision le bon sens en action : taper en permanence sur les entreprises comme ce fut souvent le cas dans le passé et ne dessiner qu’un avenir noir n’est sans doute pas le moyen de gagner des lecteurs. Il écoute beaucoup « si on a deux oreilles et une bouche, c’est qu’il faut plus écouter que parler » et il tient ses promesses.

Résultat : avec ses 200 collaborateurs et son imprimerie de Saint-Etienne-du-Rouvray, dès 2018, Paris Normandie devrait être rentable !

Faut-il attendre d’avoir tout ça pour bouger ?

Au menu des questions : le ou les aéroports et leur localisation ? Le prudent normand se garde bien de prendre une position, « c’est aux politiques de décider » affirme-t-il. Le contournement Est ne devrait-il pas passer par Boos ?  Alors Jean-Louis Louvel dégaine et lance à l'assemblée constituée de responsables d’entreprises : « faut-il attendre d’avoir tout ça pour bouger ? » L’attentisme guette toujours mais pourtant il constate que les choses changent en Normandie « mais pas assez vite à son gré ». L’homme qui a déjà repris 7 sites et travaille actuellement sur 15 dossiers d’entreprises en difficulté même pragmatisme et intuition. Règles pour reprendre une entreprise pour J.L.L. :

1ère condition être en Normandie,

 2 : aller voir les équipes sur le terrain, c’est comme cela qu’il a repris Debris devenu Imétal une entreprise dont personne ne voulait.

3 se fier à son intuition : pas touche au sport lui disaient ses conseillers mais le rugby l’a emballé et pour l’instant Rouen Normandie rugby démontre la justesse de son choix, le club évolue désormais en poule Elite, 3e échelon national.

Dommage qu’il n’y ait pas plus de Jean-Louis Louvel en Normandie alors que manifestement ils se sont multipliés en Bretagne car il ne manque pas de faire remarquer que cette Région possède un « club des 30 milliardaires » avec les François Pinault, Vincent Bolloré, Yves Rocher…Où sont les milliardaires normands ?

Ginette Bléry