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En vue


Les 156 projets d’Hervé Morin

Dernière mise à jour 09/01/2018

En vue. Si on en croit les vœux d’Hervé Morin à la presse, l’année 2018 ne va pas être de tout repos pour ceux qui travaillent à la Région ou avec elle. Pour sa troisième année d’exercice de la présidence de la Région, l’élu ne ralentit pas le rythme, bien au contraire et il continue à secouer une Normandie devenue une belle endormie.

Grands projets : routes, campus, aéroport

Les carences de la mobilité restent un grand problème normand, alors après des décennies sans construction routière pour cause d’écologisme, le Président met les bouchées doubles et annonce 3 millions d’euros pour le demi-échangeur de la Haie Tondue (Calvados) ajoutons à cela le choix d’être maître d’ouvrage pour la réalisation du tronçon de 8 km d’Evreux à Chaufour, moyen pour cette ville d’accéder rapidement à l’A13. Cet investissement  était demandé en vain depuis longtemps à l’Etat.

Parmi les autres grands projets, les campus universitaires sont chers au cœur du Président il annonce pour « le deuxième semestre 2018 », « un très beau projet sur le campus du Madrillet », à Rouen, où cohabiteront écoles supérieures, entreprises, gymnases, tiers lieux... Il ne désespère pas d’y faire s’installer de nouvelles grandes écoles européennes. Un autre projet de campus au pied du CHU de Caen est en réflexion, « mais moins avancé ». Néanmoins, il pourrait être dévoilé avant la fin de cette année. Il espère que la naissance de ces campus du futur  incitera les présidents des universités à se rapprocher davantage qu’ils ne le font aujourd’hui. Il ne cache pas une certaine impatience sur le sujet...

Un nouvel aéroport est annoncé qui constituera « un pas de géant » il est né grâce à une bonne entente au sein du G4, le groupe qui rassemble la Région et les 3 Métropoles. Où ? Quoi ? Comment ? Les questions resteront vaines.

Une étude sur la situation économique de la Région a été commandée à Laurent Davezies, professeur d'économie au Cnam et spécialiste des questions de politique régionale, une première approche montre le frein au développement que représentent les carences d’infrastructures de transport.

Travail de terrain

Les troupes sont maintenant en ordre de bataille et elles ont fort à faire avec ce qu’elles nomment « les 156 projets du président » qui s’ajoutent aux grandes actions de la Région. Un exemple de ce qu’on nomme projet du président: la culture du développement durable qui doit être mise en place dans les lycées. Cela signifie des vergers, de la permaculture, des ruches …des choses simples mais complexes à mettre en place car elles concernent plusieurs services. Dans la même veine un travail est mené pour faire mieux connaître les races normandes qu’il s’agisse des vaches, des chèvres ou des volailles…

Rapports rugueux

Hervé Morin souhaite pleinement exercer les prérogatives de la loi NOTRe qui a confié l’économie à la Région « je n’ai pas à demander l’autorisation à un département pour y intervenir » Quant à la coopération avec les Départements, « oui s’il s’agit d’une co-construction non si le demandeur me prend pour un guichet distributeur d’argent ».  On le voit certains égos sont à vif.

Où serons-nous demain ?

Selon le JDD du 7 janvier, Sébastien Lecornu, secrétaire d’Etat auprès du ministre de la transition écologique  aurait déclaré avoir reçu l’assurance d’être choisi par Emmanuel Macron pour s’attaquer à la Normandie,  lors des prochaines élections régionales. Le propos fait sourire Hervé Morin qui voit là : « une boutade de fin de déjeuner récupérée par les journalistes ». D’ailleurs tout politique est toujours candidat à tout et cette démarche est parfaitement normale.

 « C’est loin », s’amuse-t-il.  « Qui sait ce que sera le paysage politique dans trois ans et demi ? Dans quelle équation politique on sera ? » Et d’ironiser : « Qui vous dit que je ne serai pas moi-même Marcheur ? Ou Républicain ? Dans une troisième formation pilotée par Édouard Philippe ou Valérie Pécresse et Xavier Bertrand ? Le système est tellement instable. La seule chose qui soit sûre c’est que je ne serai pas avec Lagarde».

Aux petits soins avec l’infanterie

Pour mener un tel train de transformation il lui faut d’abord compter sur ses équipes, auxquelles il rend hommage ; 2018 devrait être l’année de la « convergence sociale » avec l’harmonisation des statuts des 4 515 fonctionnaires territoriaux des ex-Basse et Haute-Normandie (1.200 au siège, le reste dans les lycées). Ces deux premières années ont été marquées par d’énormes transformations : « 700 collaborateurs ont changé de métier…400 personnes ont été titularisées principalement en haute Normandie ». Région dont Hervé Morin souligne « les aberrations en matière de gestion de personnel ». Les harmonisations dans la fonction publique se font en général par le haut « mais celle de la Région coûterait 10 millions d’euros »… Une explosion de budget impossible, alors il faut encore et toujours négocier. Le seul point sur lequel il est bien décidé à ne pas transiger est « celui du temps de travail qui doit être de 1.607 heures  par an». Ceux qui ont benoîtement cru aux économies en matière de gestion de personnel doivent faire leur deuil de cette promesse manifestement intenable à court terme.

Ginette Bléry