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En Normandie on essaie tout contre le chômage !

Dernière mise à jour 20/12/2017
J.H. Bonamy, M. Chong-Wa Numéric, J. Bassères, D. Margueritte, T. Coudert

Collectivités. Le chômage reste au cœur des préoccupations de tous les organismes qu’il s’agisse de l’Etat, de Pôle Emploi ou de la Région, alors en espérant que le vieux diton « l’union fait la force » soit toujours vrai, ils s’unissent par le biais d’une convention de partenariat pour agir ensemble au bénéfice des entreprises et des demandeurs d’emploi en Normandie. Une démarche unique en France.

Le 19 décembre à Bernay, Pôle Emploi représenté son directeur général Jean Bassères et la directrice régionale Martine Chong-Wa Numéric, la Région par son vice-président David Margueritte et le Préfet Thierry Coudert ont mis sur pied un protocole qui devrait permettre de mieux connaître les besoins du terrain, de mieux orienter les formations professionnelles, de mieux accompagner les personnes.

Une vérité qui vous saute à la figure

A un moment où la France connaît enfin une reprise économique, un problème paradoxal explose à la figure de tous les publics concernés, avec nos près de 300.000 chômeurs normands et nos plus de 5 millions de chômeurs nationaux (catégories A,B,C) plus de 10% des offres d’emploi ne trouvent pas preneur. On le savait précédemment mais l’atonie des offres d’emploi gommait l’absurdité de la situation.

Les causes du dysfonctionnement sont multiples. Certaines sont parfaitement rationnelles et solubles comme le manque de mobilité géographique, l’inadéquation des formations et de compétences par rapport aux besoins des entreprises locales et ce sont ces maux que la convention de partenariat va permettre de traiter. Les actions ont anticipé la signature. D’autres dysfonctionnements relèvent de la psychologie du chômeur: manque « d’appétit » pour le travail, ignorance des codes de la vie professionnelle, sur ce dernier point Jean Bassères révèle que : « Pôle Emploi prévoit la mise en place d’une prestation spécifique par une entreprise extérieure à partir de septembre 2018 ». Pour le manque d’appétit Thierry Coudert n’hésite pas à déclarer : « qu’il faudra prendre des mesures de contrainte à l’encontre de tous ceux qui ont été formés, accompagnés et ne se décident pas à entrer dans la vie professionnelle ».

Ici et maintenant

Les réflexions sur le chômage attestent désormais de l’importance de l’action territoriale, connaître les besoins locaux est primordial. L’accompagnement du demandeur d’emploi tient aussi une place capitale et désormais Jean Bassères insiste pour « qu’il soit aussi mis en place pour ceux qui souhaitent créer leur entreprise ». Quand on est en Normandie les déplacements ne sont pas toujours aisés et, du point de vue de tous, la mobilité est un sujet majeur, Jean-Hughes Bonamy, le maire de Bernay partage aussi ce point de vue. Beaucoup d’aides existent déjà mais d’autres seront mise en place. Martine Chong-Wa Numéric évoque le LAB numérique expérimental du Pays d’Auge, la digitalisation de l’information en facilite l’accès et affranchit de l’espace.

La Région pour sa part a depuis plus d’un an créé des animations territoriales dans 18 zones de Normandie, elle s’est impliquée aux côtés de Pôle Emploi dans le plan 500.000 de François Hollande. David Margueritte et ses équipes ont apprécié à cette occasion « la réactivité de Pôle Emploi » qui traite en moyenne 35% des offres d’emploi disponibles mais dont le site reprend la presque totalité de ce qui se trouve sur le marché.

Formation, apprentissage, alternance…mais quid de l’orientation ?

Si les violons s’accordent pour identifier les besoins territoriaux, coordonner les achats de formation (ce ne sont pas moins de 25.000 contrats au total) promouvoir la validité des acquis de l’expérience et faire la promotion de l’apprentissage, David Margueritte souligne qu’il manque encore la première marche, celle de l’orientation.

La cohérence n’est pas encore pleinement au rendez-vous, pour vraiment piloter la formation il faut aussi prendre en main l’orientation. Celle-ci est principalement dans les mains des CIO, il serait souhaitable que le Service Public Régional de l’Orientation (SPRO) regroupe à la fois les services de l’Education Nationale, de la Région et des Entreprises pour arriver à une meilleure coordination des besoins. Même si le rectorat adopte désormais une attitude positive à l’égard de l’apprentissage et de la formation en alternance, il n’en va pas de même de tous les enseignants.

Sac de nœuds national sur l’apprentissage

Comme nous l’avons déjà évoqué, dans le cadre de la concertation que mène le Gouvernement sur la politique de l’apprentissage et de la formation, le Medef se verrait bien récupérer l’apprentissage dans le cadre des branches professionnelles. David Margueritte rappelle que dans une récente conférence de presse le Président Hervé Morin a déclaré : «le Gouvernement se trompe lourdement de modèle s’il confie aux OPCA (Organismes paritaires collecteurs agréés) le financement de l’apprentissage. Les raisons pour lesquelles le modèle actuel ne fonctionne pas, tiennent d’abord aux normes imposées aux entreprises par l’Etat, aux changements successifs du législateur sur le financement aux entreprises, mais également à des raisons conjoncturelles».

Si l’apprentissage est confié aux branches professionnelles, une part majeure de celles-ci, notamment celles relevant du secteur du sanitaire et social pour ne citer qu’elles, ou encore l’artisanat, se trouveront démunies, alors même que des besoins de recrutement forts sont constatés partout sur le territoire. En outre, les territoires ruraux et périurbains se trouveront dépourvus d’offres de formation, malgré les besoins des entreprises.

« Sans compter que si les Régions ne s’occupent plus de l’apprentissage, elles ne manqueront pas de se retirer du financement des bâtiments eux-mêmes » n’hésite pas à déclarer David Margueritte.

Ginette Bléry