En vue


Jean-Michel Blanquer donne son agrément à l’ambition normande d’inventer le lycée de demain

Dernière mise à jour 08/12/2017

En vue. Avec les médiocres résultats des élèves français dans la plupart des classements internationaux qu’il s’agisse de lecture ou de calcul, Jean-Michel Blanquer ministre de l’Education Nationale, a besoin de redresser sérieusement la barre s’il veut mettre en application la transformation annoncée pour le pays. L’essor de l’économie dépend de la formation et déjà les craintes se font jour que la reprise qui se manifeste actuellement, ne soit freinée par le manque de compétences pour occuper les emplois disponibles.

Une Normandie à l’avant-garde

La Normandie ajoute aux handicaps nationaux, un faible niveau d’accès aux études supérieures et un taux de chômage élevé pour les jeunes qui ont conduit le président de la Région Hervé Morin à lancer un vaste plan tout à la fois pour l’apprentissage et pour le lycée du futur. 554 millions d’euros d’investissements ont été budgétés pour ce dernier. La maîtrise de la pratique numérique est au programme tant pour les raccordements des établissements, les acquisitions de matériels, les équipements des classes...Des appels à projets ont été lancés auprès des 159 lycées de Normandie dont 80 établissements ont envoyé 167 projets d’innovations. 67 d’entre eux ont été retenus qui vont du learning lab à la réalité augmentée… Un dossier suivi par Bertrand Deniaud, vice-président en charge des lycées. Hervé Morin, rappelle aussi les nombreuses aides apportées pour les jeunes (Passmonde,  mobilité, V.I.E) et que Catherine Morin Desailly présidente de la Commission Culture au Sénat, porte la candidature de la Région pour la création d’un pôle d’enseignement supérieur dans le domaine artistique (pour l’anecdote on a appris qu’elle a enseigné l’anglais dans ce lycée au début de sa vie professionnelle).

Les ambitions du président de la Région et celles du ministre de l’Education Nationale se sont rencontrées et ce dernier accorde à la Normandie le statut de région pilote en matière d’enseignement. Ce qui ne lui apporte pas un kopek de plus mais lui assure la considération du Ministre et le conforte dans son action…La Normandie modèle pour les autres régions de France c’est la quête incessante de son Président.

Galilée dans le bain de la chimie normande

Le lycée polyvalent des métiers de la chimie et des biotechnologies Galilée de Franqueville-Saint-Pierre (Seine-Maritime) accueille 1.450 élèves à partir de la classe de seconde et les prépare au bac pro et au bac général, ses élèves s’orientent ensuite vers les BTS et les IUT. Il est exemplaire à bien des égards, par ses bons taux de réussite et aussi parce que son proviseur a su établir des liens étroits avec le milieu professionnel environnant. L’établissement a des partenariats avec des entreprises comme Sanofi, Total, avec l’Union des Industries de la Chimie ou des startups. Un lycée ouvert sur la vie professionnelle avec une ambition d’excellence qui se traduit par un fort taux de poursuite d’études supérieures. Autre caractéristique, il fait partie des établissements secondaires situés en milieu rural et répond à la stratégie du Gouvernement en matière de réalité rurale. Un tel établissement n’est pas seulement destiné aux élèves de l’environnement immédiat et accueille aussi des Rouennais. Son internat compte quelque 200 jeunes qui, accompagnés même durant la soirée, reprennent ainsi pieds dans la scolarité. Le lycée a élaboré en février 2016 un projet d’établissement qui repose sur : « une exigence guidée par la bienveillance » comme le dira joliment le proviseur Olivier Verdière

Confiance, pragmatisme, connaissance

Le ministre brosse à grand traits les lignes de ses priorités qu’il articule fort pédagogiquement autour de trois mots : « Confiance », « Pragmatisme », « Connaissance » qu’on ne saurait contester. La confiance et le pragmatisme il les met d’ailleurs en pratique dans ses relations avec la Normandie, mais la première doit s’étendre à tous les échelons de la relation et « inclure bien évidemment l’élève ». Côté pragmatisme « nous voulons expérimenter, libérer les énergies » et c’est ce qui se passe en Normandie. La connaissance « est le combat de toute la société française » c’est un travail de longue haleine et le ministre a choisi de commencer par l’Ecole Primaire, c’est elle qui est prioritaire et c’est là que sont les augmentations de budgets pour cette année.

Le recteur Denis Rolland au statut un peu alambiqué de « recteur de l’académie de Caen, chargé d’administrer l’académie de Rouen » devrait voir son statut évoluer en 2018 puisque le ministre a évoqué une « Normandie qui peut être à la pointe de la formation avec un seul contact pour le rectorat ».

L’ambition de faire évoluer le « mammouth » n’est pas franchement nouvelle pourtant son urgence est de plus en plus criante, car l’enseignement est vraiment la matrice où se forme la nation et, quand elle est cassée comme c’est le cas depuis des années, la civilisation régresse.

Ginette Bléry

A droite de JM Blanquer le proviseur et la Préfète, derrière B. Deniaud, à sa gauche Philippe Leroy, devant la paillasse H. Morin est fasciné par la chimie