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Les États-Unis un an après les présidentielles

Dernière mise à jour 03/12/2017
Michel Valois

Idées. Au moment où l’Obamania ne décélère pas en France quand on voit la place que les médias accordent à la conférence de Barack Obama à quelque 400.000 euros (chiffre non confirmé) quand l’Obs l’annonce « ovationné par le tout Paris » il nous a paru urgent de publier l’article de Michel Valois qui remet en perspective les vicissitudes des Démocrates. Face au combat que mènent certains pour compromettre Trump avec la Russie, il rappelle fort opportunément nombre de dossiers qui montrent que bien avant l’arrivée de Trump dans le paysage politique, les autorités officielles de Barack Obama avaient, en 2013, fait passer sous contrôle russe la moitié des réserves américaines d’uranium…(affaire Uranium One), il analyse les incompréhensibles absences de procès sur nombre d’affaires compromettantes pour la tribu des Clinton et montre, chiffres à l’appui, la dynamique économique actuelle du pays.

Un journalisme à l’américaine loin du jugement à l’emporte pièce des pratiques françaises, tout est argumenté, étayé et vous laisse pantois !

Michel Valois est normand, économiste et nous avons  déjà présenté son itinéraire que vous trouverez en cliquant ici.

L’économie s’accélère

       Sous Obama, l’économie américaine ne s’est jamais complètement remise de la crise dite des subprimes (emprunts hypothécaires de mauvaise qualité) de 2008. Le taux de croissance était bloqué autour de 2 % (première présidence sous laquelle ce taux n’a jamais réussi à atteindre 3%), les salaires stagnaient et le taux d’activité de la population baissait (de nombreux chômeurs découragés se sont retiré du marché de l’emploi ce qui a pu faire croire à une baisse du chômage). Depuis l’élection de Trump, en rythme annuel, le taux de croissance a progressé régulièrement tout au long de cette année-ci, passant de 1,5% au dernier trimestre 2016 à 3,3% au troisième trimestre 2017, et les prévisions pour 2018 laissent envisager une poursuite de cette progression. Le climat en cette fin novembre est marqué par l’espoir d’un vote, par le Congrès, avant Noël, d’une simplification fiscale (déclaration d’impôts « tenant sur une carte postale ») et d’une baisse des impôts visant tout le monde, y compris les grandes entreprises (qui n’auraient plus de raison fiscale de délocaliser leur production). Cette nuit, le Sénat a adopté, de justesse, son texte, ne reste donc plus qu’un rapprochement entre les textes des deux chambres, ce sera fait avant Noël.

Au plan international, si la menace nord-coréenne est plus aiguë que jamais, le récent déplacement de Trump en Asie, marqué par un resserrement des liens entre Trump et les dirigeants japonais, sud-coréen et chinois, semble devoir être mis à son crédit.

Donc, tout va bien ? Non, le climat politique reste extrêmement tendu et le président Trump est face à une révolte dans les profondeurs de son administration (le Deep State), dit Ed Klein, ancien top éditeur de Newsweek et du New York Times Magazine : réunions secrètes de haut-fonctionnaires « dans des sous-sols d’églises » pour concevoir des stratégies de lutte et prendre des cours de guérilla urbaine. Et il y a les « affaires » qui pourrissent le climat. Nous allons faire le point sur elles, mais commençons par un tableau des forces en présence.

L’état des forces politiques

Si, dans le passé, le Parti Démocrate a été largement composé de conservateurs, il est aujourd’hui complétement dominé par des ‘libéraux’ (comprendre ‘progressistes) en traînant toujours plus à gauche, une gauche victimaire s’appuyant sur les minorités sexuelles, les noirs, les hispaniques et les immigrés illégaux et appelant à une « résistance » à Trump. Ces Démocrates sont fondamentalement partisans d’une redistribution des richesses et donc (à l’opposé des conservateurs) en faveur d’une fiscalité accrue et de toujours « plus d’État ».

Depuis plus de vingt ans, les Démocrates sont aux ordres du clan Clinton. Faut-il évoquer le silence (complice) des féministes, dans les années 90, à l’égard des frasques du prédateur Bill Clinton ? Certaines, d’ailleurs, s’en mordent aujourd’hui les doigts, comme Mme Kirsten Gillibrand, à qui Hillary Clinton a laissé son siège de sénateur en 2009 et qui donc doit (politiquement) beaucoup aux Clinton. Elle ose dire que : « lors de la procédure d’impeachment, en 98-99, le Président Bill Clinton aurait dû être révoqué ! ». La révolte contre les anciens maîtres est plus facile quand il n’y a plus rien à attendre d’eux ! Le clan Clinton est donc désormais politiquement à l’agonie, d’autant que le parti démocrate n’a toujours pas trouvé de nouveau leader crédible.

Le Parti Républicain, lui, est dominé par l’establishment conservateur. Tout au long de la double présidence Obama, les républicains ont gagné des sièges dans les deux assemblées et réussi à y conquérir la majorité. Actuellement 34 sur les 50 gouverneurs sont républicains. Mais, si Trump s’est présenté à la présidentielle « du côté républicain », il ne l’est pas lui-même : « c’est un populiste nationaliste (opposé à l’élitisme mondialiste à la Bilderberg) qui partage le ressenti d’une fraction importante de l’électorat américain ». Selon un politologue, la population américaine peut être, en gros, répartie en trois tiers : « un tiers ne vote pas et est en dehors des jeux politiques, un tiers est dans le camp démocrate et un tiers a voté Trump et est satisfait de la politique qu’il mène. »

Trump était assez riche pour mener sa campagne présidentielle sans dépendre de qui que ce soit. Dès l’annonce de sa candidature, il a suscité une forte révulsion chez beaucoup de Républicains (mouvement informel Never Trump, que l’on pourrait traduire par « Tout sauf Trump »), d’autant plus que l’une de ses promesses de campagne était : « assainir le marécage de Washington », comprendre : « éliminer les corrompus qui font passer les intérêts des lobbies finançant leurs campagnes électorales avant l’intérêt du pays », ce qui vise clairement l’establishment, notamment républicain.

       La majorité républicaine du Sénat est étroite (52 sur 100). Elle n’a pas réussi à vaincre ses divisions internes pour voter l’abrogation de la loi sur la santé d’Obama, qui était pourtant à son programme depuis huit ans. Le président du Sénat, Mitch McConnell a, selon un sondage récent, seulement 25% d’opinions favorables dans le pays. Le vote probable par le Parlement de la réforme fiscale sera dû en partie à la nécessité, pour les Républicains de montrer qu’ils sont capables de voter au moins une réforme significative, car les sondages indiquent une remontée des démocrates dans les intentions de vote (de toute façon, il est habituel que dans les élections intermédiaires, les électeurs votent contre le parti du Président). Pourtant le Parti démocrate est sans leader et en lambeaux.

Un cadavre encombrant

Pendant l’été 2016, la campagne électorale présidentielle américaine a fait un mort. En toute discrétion. Seth Rich, un jeune homme bien sous tous rapports, employé par le Democratic National Committee (DNC, l’instance centrale du Parti démocrate), a reçu, en pleine nuit, plusieurs balles tirées dans son dos, dans la rue, alors qu’il rentrait chez lui. Il est mort peu après à l’hôpital. C’était au moment de la diffusion par Wikileaks d’emails compromettants piratés des ordinateurs de la Campagne d’Hillary Clinton. Certains, dont Newt Gingrich, ancien House’s speaker républicain (Président de la Chambre des représentants), ont dit qu’il avait été « exécuté », pour avoir fait fuiter des informations compromettantes.

Danna Brazile, dans son livre explosif Hacks, qui vient de sortir, examine cette hypothèse parmi une demi-douzaine d’autres qu’elle démolit tour à tour. On peut supposer qu’elle sait de quoi elle parle, puisqu’elle a assuré par intérim, pendant quelques mois, en 2016, en pleine campagne présidentielle, de la direction du parti, en remplacement de Debbie Wassermann-Schultz[1], qui, éclaboussée par un scandale, avait dû démissionner. En tous les cas, cet assassinat est au point mort et les forces freinant tout début d’enquête semblent puissantes, ce qui suggère qu’il ne s’agissait pas d’un crime crapuleux, mais bien d’un meurtre politique. Dans son livre, Danna Brazile dit que Rich travaillait discrètement sur des problèmes de corruption…

Un livre ‘qui dit tout’ et gêne … même son auteure

Ces derniers temps, la semaine précédant sa sortie, ce livre de Danna Brazile, a fait beaucoup parler. Cette élégante lady de Louisiane qui était un modèle d’apparatchik dévoué, a dû se faire tancer de première, car dès que les bonnes pages de son livre ont été connues, elle a sérieusement « rétropédalé » dans les interviews de lancement du livre qu’elle a accordés à la presse, jusqu’à sembler contredire par oral ce qui est écrit noir sur blanc dans son livre. Il faut dire qu’elle n’y est pas allée de main morte, accusant Hillary Clinton et son entourage masculin de l’avoir maltraitée, en tant que femme et en tant que noire !  « Ils m’ont traitée comme une exclave dans une plantation » (sic) ! Bigre ! Et surtout elle confirme les accusations faites pendant la campagne par l’autre candidat aux primaires démocrates, Bernie Sanders, selon lequel ces primaires avaient été truquées (rigged). Obama avait laissé tomber en ruine le Parti démocrate dont il n’avait plus besoin et Mme Clinton, un an avant les élections, l’avait renfloué et totalement pris en main pour le mettre à son service exclusif (au détriment de ses concurrents démocrates). Selon un commentateur : « c’est la première fois qu’un membre du clan Clinton enfreint l’omerta. »

Les premières élections partielles depuis la présidentielle : un tournant ?

       Le 7 novembre avaient lieu trois élections partielles pour désigner le maire de New York et les gouverneurs de Virginie et du New Jersey. Carton plein pour les démocrates. Est-ce un basculement de l’opinion ? Non, il s’agissait de fiefs démocrates où Trump n’avait pas obtenu la majorité aux présidentielles. Bien que Trump soit régulièrement accablé par la grande presse, son électorat lui reste acquis, car, pour une fois, un élu tient ses promesses de campagne.

Bien sûr, il y a deux procédures anti-Trump qui ont été engagées peu après son élection pour découvrir s’il y a eu, de la part de Trump ou de sa campagne, collusion avec les Russes : une enquête parlementaire et une enquête confiée à Robert Mueller (qui fut dix ans patron du FBI), nommé « conseiller/procureur spécial » (voir la 2e note en fin de texte) pour cette affaire, sous la pression des Démocrates et des anti-Trump. Après neuf mois d’enquêtes, Robert Mueller a annoncé deux inculpations, dont celle de Paul Manafort qui a été, pendant trois mois, directeur de la campagne de Trump. Mais ces inculpations portent sur des faits très antérieurs, sans rapport avec Trump ni avec la campagne présidentielle. Autrement dit, au bout de neuf mois, cette enquête n’a encore rien trouvé pour appuyer les accusations de collusion entre Trump et la Russie, alors que s’accumulent des indications de financements russes pour influencer le contenu de la presse (y compris du Washington Post) afin de perturber l’opinion publique (aux États-Unis, mais aussi en Grande-Bretagne et en Europe…). Mais qu’on ne s’y trompe pas, Mueller a réuni autour de lui une équipe musclée comprenant Andrew Weismann, un procureur du ministère de la Justice (dont il a pris congé pour épauler Mueller), qui n’est pas un enfant de chœur. Il s’est illustré dans des procès qui ont mis au tapis de très grandes entreprises comme Enron et Arthur Anderson. L’efficacité au service de la Justice ? Il semblerait que ce soit plutôt au service d’une thèse préétablie, quitte –– si le passé de ce personnage peut donner des indications sur les affaires en cours –– à ignorer les arguments à décharge et à menacer les témoins. Dans une affaire où il a prononcé une condamnation en tant que juge, sa décision a été annulée à l’unanimité par les 9 juges de la Cour suprême, un record ! Aux dernières nouvelles, Mueller vient d’inculper le Général Flynn qui fut brièvement conseiller de Trump à la sécurité nationale avant d’être contraint à la démission (pour mensonge au vice-Président). Inculpé de haute trahison ? Non, de mensonge au FBI ! Cela fait un peu penser au crime de lèse-majesté de l’Ancien Régime.

       Mais, la vraie question est de savoir si les affaires Clinton vont finalement être instruites.

Où en sont les affaires Clinton ?

       De temps à autre, comme d’une marmite au coin du feu, s’échappent des effluves malodorants et quelques élus républicains pressent le ministre de la Justice d’ouvrir enfin une instruction sur les affaires Clinton, mais comme le parti démocrate et les sénateurs républicains anti-Trump ont mobilisé les esprits et les institutions à la recherche d’une supposée collusion du Président avec Moscou, aucune procédure n’a encore été lancée contre Hillary Clinton. Si on ne parle pas (pour l’instant) de revenir sur l’affaire du massacre à Benghazi de l’Ambassadeur US en Lybie et de trois de ses collaborateurs, les plus informés parlent de plus en plus de deux grosses affaires : celle de Nuclear One et celle dite maintenant du « Dossier ». Commençons par celui-ci.

Le « Dossier »

       Après des semaines d’informations sortant au compte-gouttes dans la presse (grâce notamment à des lanceurs d’alerte), voici un point tout provisoire. À l’origine, une officine conservatrice, The Washington Free Beacon (WFB) (un site web et deux journalistes animés d’une ambition considérable : acquérir, à droite, un poids équivalent à celui du Washington Post) charge, au tout début de la campagne présidentielle, Fusion GPS, une agence de recherches en tous genres, de trouver « des munitions » contre le candidat Trump. Un classique de toute campagne électorale. Dès le printemps 2016, WFB se retire, mais d’autres intérêts vont prendre le relais. En juin 2016, Fusion GPS sollicite les services de Christopher Steele, un ancien des services secrets de sa Majesté (le MI6) où il n’était pas un employé subalterne mais le responsable du département Russie. Celui-ci va réussir à se faire payer très cher le montage d’un dossier anti-Trump (qui, à partir de novembre 2017, va être appelé « le Dossier », en français, dans les médias américains).

Après l’abandon de WFB, qui donc a financé le travail de Fusion GPS ? D’abord Obama (sous le couvert d’Obama for America, ci-après « OFA », organisation créée initialement pour soutenir ses campagnes électorales, mais, apparemment, se consacrant désormais à nuire à son successeur), ensuite la Campagne Clinton, Hillary for America, ci-après « HFA », et enfin le Parti Démocrate (DNC), intéressés tous deux par toute munition contre Trump. On a fini par savoir (octobre 2017) par la très officielle Commission électorale fédérale qu’OFA (Obama) avait versé près de 800.000 dollars en 2016, puis près de 175.000 en 2017 (donc après la campagne électorale - il ne s’agit plus de gagner la présidentielle contre Trump), au cabinet d’avocats Perkins Coie (officiellement pour rémunérer des « services juridiques »), servant d’intermédiaire pour transmettre discrètement le financement de Fusion GPS. Ce à quoi il faut ajouter les versements en 2016, par HFA, de 5,14 millions de dollars et, par DNC, de 5,4 millions. Soit un total de plus de 12 millions pour le fameux Dossier. Tout récemment, on a appris que Fusion GPS a « payé des journalistes ». Curieux, non ? Pour quoi donc ? Fournir des renseignements ou diffuser des « fausses nouvelles » ? Il a été écrit que la CIA aurait également participé au financement du Dossier. On croit rêver. Comment la CIA, organisme de renseignement s’il en est, peut-elle justifier de financer une officine recherchant des renseignements sur un homme politique ? Arrivés à ce point, il nous est impossible de ne pas évoquer le rôle des frères Podesta.

Les frères John et Tony Podesta

       Le Démocrate John Podesta, 68 ans, fait partie, depuis 30 ans, des plus hauts dirigeants du pays. Il a été Directeur de Cabinet du Président Bill Clinton, puis celui d’Obama, avant de prendre la direction de la Campagne d’Hillary Clinton, et il serait normalement devenu son Directeur de Cabinet si elle avait été élue.

Quelque 60.000 emails de John Podesta, directeur de campagne d’Hilary, ont été piratés et mis sur la place publique par Wikileaks, en octobre 2016, étayant les pires soupçons et réduisant la crédibilité de la campagne d’Hillary, au pire moment.

Son frère aîné Tony dirigeait un cabinet de lobbying (relations publiques), le plus important de Washington, en termes de chiffre d’affaires. Il travaillait bien sûr pour les intérêts démocrates, mais aussi pour des intérêts étrangers, entre autres russes – tiens, tiens ! – par exemple pour les marionnettes russes œuvrant en Ukraine. La révélation de la réalité du travail de la firme de Tony Podesta a fait l’effet d’une bombe et le choc a été tel que Tony Podesta a été obligé de démissionner immédiatement de sa propre société (ses partenaires vont liquider la firme et en créer une autre sans lui) (novembre 2016). Il est piquant de voir que les soupçons distillés sur Trump et ayant provoqué la nomination d’un Procureur spécial, à savoir une collusion avec des intérêts russes, correspondent à ce qui était, en fait, le pain quotidien de l’officine de John Podesta, frère du Directeur de la Campagne d’Hillary.  

Le FBI est officieusement informé

       À un moment, le Dossier aurait été ‘officieusement’ transmis au FBI, donc à James Comey qui en était le Directeur. Plus tard, ce dernier décrira le Dossier comme salacious and unverified (licencieux et non vérifié) et dira que le Bureau « ne l’avait jamais pris tout-à-fait au sérieux ». En tous les cas, il paraît impossible que ce Dossier n’ait pas été transmis au président en exercice, Obama et il semble que ce soit au vu du Dossier que des écoutes téléphoniques ont été officiellement autorisés en grand nombre, dans les derniers mois de l’Administration Obama, par le tribunal prévu par la Loi sur le contre-espionnage (Foreign Intelligence Surveillance Act – FISA). L’autorisation donnée par ce tribunal (saisi par les autorités en place, agissant en toute discrétion, on s’en doute) permet de lever l’anonymat de citoyens américains interlocuteurs d’étrangers (suspects) légalement écoutés. C’est ainsi que, pendant le dernier semestre 2016, plusieurs collaborateurs de Trump sont devenus des suspects écoutés et que s’est développé, dans le milieu démocrate et dans la presse dans son sillage, le soupçon d’une collusion entre la campagne de Trump et « les Russes ». C’est probablement aussi ce Dossier qui a suscité, dans les milieux démocrates, une hystérie anti-Trump de nature à justifier moralement le slogan « résistance » (à Trump).

       L’autre grand dossier est celui de la corruption d’Hillary Clinton dans ses fonctions officielles de Secrétaire d’État (c’est-à-dire Ministre des affaires étrangères) dont l’élément le plus voyant est l’affaire « Uranium One ».

L’affaire Uranium One

À pas de tortue, ce dossier semble ressortir. Interrogé pas la Commission des affaires judiciaires, le ministre de la Justice, Jeff Sessions, a annoncé le 15 novembre qu’il était possible qu’un « Special Counsel » soit nommé pour enquêter sur les affaires de Mme Clinton.

L’affaire Uranium One, c’est quoi ? Il s’agit de l’accord officiel donné par les autorités américaines à la prise de contrôle, en 2013, par la société minière russe ARMZ de la Société canadienne Uranium One qui détenait parmi ses actifs, la moitié des ressources en uranium des États-Unis. Il s’agit donc du passage sous contrôle russe de la moitié des réserves américaines d’uranium… en contrepartie de pots de vin substantiels. Dès les années 2009 et 2010, la CIA (sous la direction de Mueller) savait qu’ARMZ était une société mafieuse, sous le contrôle de Poutine, dont le but était de régner sur le business mondial de l’uranium (y compris l’uranium issu du démantèlement de têtes nucléaires obsolètes). La CIA avait donc placé les faits et gestes d’Uranium One et d’ARMZ sous surveillance, mais elle « n’en aurait pas informé » la commission américaine devant légalement donner son accord officiel au passage sous contrôle étranger de ressources nationales stratégiques. C’est du moins la version officielle. Les faits suggèrent une corruption caractérisée : le président canadien d’Uranium One a fait à ce moment-là quatre donations, pour un montant total de 2,35 millions de dollars, à la Fondation Clinton (fondation censément humanitaire, rappelons-le, mais qui ne peut justifier la distribution à des fins humanitaires que de 10% de ses revenus annuels, donc, en fait, une caisse noire des Clinton). Selon certaines sources, le total des versements à la Fondation Clinton, dans cette affaire, se serait monté à 145 millions de dollars, dont une partie seraient venue, secrètement, de Rosatom, la toute puissante firme atomique russe. Au moment où se déroulaient ces événements, Bill Clinton s’est rendu à Moscou pour y donner une conférence qui a été rémunérée la bagatelle de 500.000 dollars. Enfin, il y a eu, au même moment, la décision de l’administration Obama de renvoyer en Russie, libres et sans entraves, dix gangsters russes qui avaient étaient arrêtés pour activités criminelles aux Etats-Unis. Ce qui suggère qu’un deal a été négocié à ce moment-là par Bill Clinton à Moscou (avec qui d’autre que Poutine lui-même ?). [À noter, en passant, un don en nature du Crédit Agricole à la Fondation Clinton, sous forme de mise à disposition gratuite de locaux, en 2011, représentant un montant de l’ordre d’un million de dollars.]

Et les emails d’Hillary ?

       L’affaire des emails d’Hillary contenant des secrets d’État et traités par elle avec négligence sur un serveur privé vulnérable à un piratage (qui a été effectivement piraté, plusieurs fois) alors qu’elle était Secrétaire d’État, est actuellement en veilleuse et nul ne sait si Hillary Clinton fera l’objet de poursuites à ce titre, mais, un lanceur d’alertes, Ch. MacCullogh dont la fonction n’était, alors, rien moins que « Inspecteur général de la communauté du renseignement », vient de s’exprimer publiquement. Au titre de ses fonctions, c’est lui qui avait été chargé par la CIA d’analyser les milliers d’emails pour décider de leur nature et des risques entraînés par leur éventuelle révélation. Il est écœuré de voir qu’Hillary Clinton a été disculpée par Comey dans cette affaire qu’il a traitée comme une bagatelle. Il confirme que, parmi les emails traités avec légèreté par Mme Clinton, une dizaine contenait des éléments ultra-secrets, dont certains « plus confidentiels encore que ‘Secret d’État’ » (sic), « ne devant pas même être communiqués à des parlementaires » (re-sic) ! (On se demande de quoi il peut bien s’agir !)

      Les semaines et les mois qui viennent nous permettront de savoir comment le président Trump se sortira des deux enquêtes qui visent sa campagne et si Hillary Clinton va finalement avoir à répondre officiellement des soupçons qui pèsent sur elle.

Michel Valois

1] Debbie Wassermann Schultz, ethniquement blanche, a prétendu, à un moment, avoir une ascendance noire. Il y a un autre cas d’usurpation d’une identité ‘minoritaire’, celui de la sénatrice démocrate très en vue Elizabeth Warren qui a naguère obtenu un poste à Harvard, au titre de représentante d’une minorité, en affirmant être descendante de la tribu des Cheyennes. Toutes les recherches, dont celles d’une généalogiste spécialiste des Cheyennes, ont conclu que sa revendication était totalement infondée.
 2 :

NOTE sur la Justice américaine :  un ‘Special Prosecutor’ (appellation généralement remplacée, aujourd’hui, par Special Counsel ou Independent Counsel, expressions censés ne pas préjuger de la culpabilité de la ou des personnes objet de l’enquête) répond, en droit américain, au souhait d’assurer l’indépendance du ‘juriste’ chargé « d’enquêter » dans une affaire délicate impliquant ou susceptible d’impliquer le ministre de la justice, ou son prédécesseur – les ministres de la Justice ont l’habitude de ne pas poursuivre leur prédécesseur, pour réduire le risque d’être, plus tard, poursuivis eux-mêmes par leur successeur–– ou bien encore une autre haute autorité.

Cette disposition visant à éviter les conflits d’intérêts, est critiquée par certains juristes, pour son coût et pour le risque d’extension de la procédure en dehors des faits/personnes visés initialement, car le special counsel embauche une équipe de haut niveau et cherche forcément à obtenir des inculpations pour justifier l’argent dépensé par l’enquête et pour avoir un beau ‘tableau de chasse’.

À noter encore ceci : alors qu’un procureur spécial a, ex officio, autorité pour inculper, le FBI ne l’a pas : il ne peut que remettre un dossier au ministère de la Justice, suggérant ou non une inculpation. De ce fait, il est reproché à Comey, dans l’affaire des emails d’Hillary Clinton, d’avoir usurpé les pouvoirs de la ministre de la Justice d’alors en annonçant publiquement un non-lieu, l’été 2016. Il est vrai que la ministre d’alors, Loretta Lynch, était décrédibilisée ayant été surprise, par un journaliste, rencontrant Bill Clinton, de façon supposément secrète sur le tarmac d’un aéroport, tandis que l’enquête sur les emails d’Hillary Clinton battait son plein, ce qui était pour le moins « inapproprié ». On notera enfin que si le Conseiller/procureur spécial est « indépendant » du Ministre, du Gouvernement, du Président, rien ne dit ni ne veut qu’il soit indépendant de tout parti politique. Dans le cas présent, on a, au contraire, des indications (tels que dons faits à des partis politiques, déductibles des impôts) que Mueller, Comey et Weissmann sont proches des Démocrates. Agissent-ils, comme liés par une sorte de pacte, pour couvrir des turpitudes auxquelles ils auraient été partie, sous l’Administration précédente ?