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Souvenirs irrespectueux d’une femme libre

Dernière mise à jour 24/11/2017
Monique Pelletier

Culture. A 91 ans, Monique Pelletier, n’a pas perdu sa pugnacité et après avoir été avocate, ministre de la Condition féminine et de la famille, membre du Conseil constitutionnel, elle trouve la force de protester aussi dans son ouvrage contre le traitement ou plutôt l’absence de traitement qu’on inflige à ceux qui passent par les établissements destinés au 3e âge. Elle n’a rien perdu de sa fibre d’avocate combattante en quête d’un monde plus équitable.

Si elle n’est pas vraiment normande, cette femme au parcours exceptionnel, pionnière en politique et en féminisme, a toujours eu des attaches dans la Région : elle passe ses vacances à Trouville-sur-Mer dans sa jeunesse dans la maison des grands-parents, puis à l’arrivée de la guerre c’est au lycée de Deauville qu’elle poursuit ses études.

Son itinéraire de femme du XXe siècle conté avec légèreté et humour est d’une actualité brulante. En 1979, elle porte avec succès la reconduction de la loi Veil autorisant l’interruption de grossesse ce qui était loin d’être gagné, et en 1980, c’est la législation sur la criminalisation du viol pour en finir avec «des tolérances médiévales ». Un sujet d’actualité qui montre que la législation ne suffit pas à faire évoluer les mentalités.

Sous son allure de femme élégante et respectable, appartenant à la grande bourgeoise et mère de 7 ans, Monique Pelletier a défendu des causes d’avant-garde en son temps, rejetées à la fois par une assemblée de parlementaires largement machistes et au-delà même de la demande populaire du moment.

C’est Valéry Giscard d’Estaing qui va la faire entrer au gouvernement, au départ comme secrétaire d’état à la condition féminine, il sera son soutien dans nombre de combats.

Elle porte un œil tendre et amusé mais sans concession sur l’hypertrophie des égos des politiques et ne retient pas ses coups de griffes quand le machisme l’a empêchée d’assumer sa fonction. Nul n’y échappe. Alain Peyrefitte haute image de l’analyse politico-sociétale se révèle timoré devant les prises de décision qui risquent de déplaire et minable accapareur de pouvoir : il tente de l’empêcher de présenter le dossier qu’elle a elle-même préparé. « Grandeur et indécision » titre t elle à son sujet.

Qu’elle soit ministre ou qu’elle entre dans le jeu électoral elle si l’enthousiasme est là, elle constate : « le plus souvent, le goût que laisse le pouvoir est amer. L’oubli est de mise, la reconnaissance un mot qui semble vain » et elle l’éprouvera cruellement.

Sa vocation d’avocate ne la quittera pas dans ses fonctions politiques, ni sa quête incessante de justice, aussi l’affaire Boulin l’écœure t elle particulièrement. Pour avoir suivi ce dossier de près et y avoir eu accès, ses déductions la conduisent à conclure qu’il ne peut en aucun cas s’agir d’un suicide. Elle espère qu’une enquête finira par mettre à jour la vérité.

Cet ouvrage est en plein dans l’actualité avec sa législation sur la criminalisation du viol ; son féminisme affirmé et combatif ne la fait pourtant pas adhérer « aux revendications bruyantes du féminisme qui affirme que les femmes sont exactement semblables aux hommes » pas plus qu’elle ne pense que de se montrer les seins nus, comme le font les Femen, contribue à la défense de la cause de la femme. Ceci-dit la campagne « balancetonporc » lui paraît bien venue et elle regrette encore de n’avoir pas dénoncé celui qui, au sénat, lui a infligé une fougueuse embrassade.

La vie ne l’a pas épargnée, son brillant mari (banquier) qui avait toujours soutenu sa carrière a eu une attaque neurologique que le monde médical mettra trop de temps à prendre en considération et ne traitera que trop tard. Pendant plus de 30 ans elle mènera de front carrière et soutien à son compagnon devenu aphasique et dans un état de dépendance physique et mentale. Pourtant chaque épreuve de sa vie va enrichir son action politique de même que son contact avec tous les drames de la société que son métier d’avocate lui fait rencontrer. Un métier qu’elle exerce avec une rigueur morale qui, si on l’en croit, n’est plus trop de mise maintenant où le mercantilisme a pris le pas sur l’humanité.

Loin des proclamations idéologiques que sont souvent les livres traitant d’un parcours politique Monique Pelletier décrit avec sensibilité l’imbrication de la vie quotidienne et de la vie politique, une démarche qui ne conçoit pas l’être humain comme une série de cases qui ne communiquent pas. Peut-on être un salaud dans sa vie privée et un grand homme politique, l’Homme le plus souvent répond « oui », la Femme répond « non ».

Ginette Bléry

Souvenirs irrespectueux d’une femme libre – Monique Pelletier - Editons PC – 188 pages