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Edouard Philippe entrouvre la porte donnant sur la mer

Dernière mise à jour 21/11/2017
Edouard Philippe aux Assises de la mer le 21 novembre 2017

Economie. 1.800 personnes étaient réunies aujourd’hui dans la vaste salle des congrès du Carré des Docks au Havre pour la 13e édition des Assises économie de la Mer : opération menée par Ouest France et son journal spécialisé Le Marin en partenariat avec le Cluster Maritime Français. Un moment crucial pour la Normandie dont le président de Région a choisi de se battre pour le développement de l’économie maritime, et on attendait beaucoup du discours du Premier Ministre Edouard Philippe revenu pour quelques heures dans sa ville. Disons de façon lapidaire que ses ambitions sont grandes mais que tout cela doit mijoter dans le jus de la concertation.

Un retour à la « maison »

La situation ne manquait pas de piquant puisque le Premier Ministre était accueilli par son remplaçant, maire du Havre, Luc Lemonnier,  qui s’est demandé : « s’il était  vraiment utile de rappeler à Edouard Philippe l’importance des questions maritimes. Faut-il vous dire que votre pays a une vocation maritime naturelle ? ». Il en a quand même profité pour glisser ce chiffre qui atteste de la médiocrité de notre commerce maritime puisque « 50% des marchandises consommées par les Français sont passées par un port étranger ».

« Appel » du 15 novembre …bis repetita

Hervé Morin, le Président de la Région a repris son argumentation que nous avons déjà développée. Partant du constat de l’insuffisance du développement d’Haropa largement concurrencé par Anvers mais aussi de la vision étriquée de l’Axe Seine dont le rayonnement soit s’étendre sur les 4 points cardinaux, il propose un changement de logiciel dans la politique maritime avec notamment une nouvelle gouvernance des ports qui devrait relever plus de la compétence régionale, avec un passage d’une gestion technique à une gestion commerciale, avec la création d’un nouvel établissement public et celles de zones économiques protégées …Voir l’appel du 15 novembre.

Bien entendu le Premier Ministre n’a pas répondu point par point à la vaste fresque dessinée par le Président de la Région mais on peut dire que nombre d’orientations vont dans le même sens.

Il part du même constat d’une France qui a négligé sa richesse maritime « Combien d’années sans vent dans les voiles ? » ou encore « Je ne m’habitue pas à l’idée qu’Anvers soit le premier port de France ». Mais il pense qu’en 5 ans la situation peut être remise sur de bons rails : « ce retard commence à nous coûter cher en termes de trafic, mais il n’est pas irréversible ».

Un seul port du Havre au Pont Neuf

Côté ports, Edouard Philippe prévoit de donner à leurs gestionnaires : "de la visibilité sur leurs charges, notamment fiscales ». Il compte aussi " revoir  les règles de la domanialité publique et les pratiques des ports pour sécuriser les investisseurs et optimiser l’utilisation du domaine portuaire ".

Concernant l’axe Seine il déclare : « je ne vois qu’un seul port. Un port qui commence à la digue Sud et qui continue jusqu’au Pont-Neuf, à Paris, voire bien au-delà. Je ne remets pas en cause le succès d’Haropa sur le plan notamment de la visibilité. Mais on sent bien que sa gouvernance a atteint ses limites ; qu’il y faut plus d’intégration ; un pilotage beaucoup plus unifié qui inclue au même niveau les trois ports : Le Havre, Rouen et Paris. J’ai demandé au préfet François Philizot, délégué interministériel au développement de la vallée de la Seine, de conduire une mission à ce sujet. J’attends ses conclusions avant la fin du mois de février 2018. »

Démarche de concertation oblige, une fois de plus on part dans la consultation mais reconnaissons que l’orientation donnée n’est pas incompatible avec les rêves de la Région normande. Les ports de Marseille et de Dunkerque seront soumis aussi à cette démarche de concertation pour envisager leur développement, tant vers la mer que vers la terre.

Un seul port français avec 3 entrées

Autre point de forte compatibilité l’analyse des ports qui ont une vocation nationale et le Premier Ministre pose la question : « l’Etat est-il le mieux placé pour en assurer le développement, en particulier avec leur territoire ? La réponse lui semble négative et dans cette perspective, « l’échelon pertinent, c’est la région ».

Edouard Philippe semble aussi vouloir changer de logiciel quand il dit « notre objectif, c’est de changer le regard que nous portons sur les ports. » Aussi demande-t-il à Elisabeth Borne, ministre des Transports également présente aux Assises: « de ne plus voir les ports uniquement comme des gestionnaires d’infrastructures, mais comme des écosystèmes, des centres de services ».  Autrement il souhaite accorder une plus large place aux investisseurs et au commerce. Tout cela avec pour but d’aller vers plus de compétitivité…là encore le Premier Ministre et le Président de Région semblent naviguer bord à bord.

Par la convergence des systèmes logistiques, par le recours au numérique, il décrit son ambition : « je ne veux plus 3 ports nationaux : je veux un seul port français, avec 3 portes d’entrée. L’Etat peut fixer les objectifs, mais il ne pourra obtenir des avancées décisives sans le concours des professionnels. »

Stop à la pollution maritime

La protection de l’environnement fait aussi partie du programme d’ailleurs c’est Nicolas Hulot, ministre de la transition écologique et solidaire qui assurera la clôture demain. Dans cette perspective on trouve tout à la fois le souhait de favoriser le GNL, l’alimentation électrique, celui d’obtenir : « le classement par l’Organisation maritime internationale, de la Méditerranée en zone de basses émissions de polluants et aussi des mesures drastiques sur les hydrocarbures : « mon Gouvernement défend en ce moment au Parlement une loi qui interdira, sur notre espace maritime, la recherche et la production d’hydrocarbures ». Attention l’espace maritime français ce ne sont pas simplement les mers qui bordent les côtes de la métropole mais aussi celles de la France d’Outremer, soit 11 millions de km² sous les mers…

Défense de la pêche, défense du nautisme, éloge de la formation, de la R&D, invitation au voyage, le programme d’Edouard Philippe balaie tout le champ maritime jusqu’à se donner comme ambition : que : « la France ne se définisse plus comme des terres, continentales et insulaires, entourées de mers. Mais comme une terre, une seule et même terre de France, entourant toutes les mers ».

Ginette Bléry