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Formation – apprentissage tout se joue dans les mois qui viennent

Dernière mise à jour 29/10/2017

Idées. Les Français arrivent en 21e position sur les 28 pays que l’OCDE a examinés dans son enquête sur les capacités cognitives, en lecture et en calcul des adultes (enquête PIAAC). Une telle situation est la cause de notre retard économique et donc du chômage. Face au frémissement de la reprise les chefs d’entreprise disent déjà freiner leurs investissements faute de personnel adéquat.

Il semble que le Gouvernement soit conscient du problème puisqu’il vient de lancer la feuille de route méthodologique pour la transformation de l’apprentissage et de la formation professionnelle.

Pour l’instant s’agit essentiellement d’un calendrier de concertation avec les multiples parties prenantes : Education Nationale, syndicats, représentants des entreprises, les Régions chefs de file de la formation ne sont pas oubliées. Sylvie Brunet une ex DRH passée chez Bull et Gemplus mènera le bal.

La Région Normandie s’est déjà saisie de ce problème et a mis sur pied une démarche originale menée par David Margueritte vice-président en charge de la formation. Une approche qui commence à être reconnue nationalement et c’est en tant que Président de la commission "Emploi, formation et apprentissage" de Régions de France qu’il est allé en Suisse avec Muriel Pénicaud, ministre du travail. Un voyage qui le conforte dans les choix faits par la Régions pour la promotion de l’apprentissage et dont la conclusion tient en deux chiffres :

  • en Suisse, le taux de chômage des jeunes est de 4% mais l’apprentissage représente 68% des formations.
  • En France, les jeunes obtiennent le bac à près de 88% mais, en Normandie, jusqu’à 28% d’entre eux sont au chômage.

La formation par la voie générale qui ne conduit pas vers le travail mérite d’être remise en cause, d’autant qu’il est évident en Suisse que, grâce à la fluidité de l’organisation, les apprentis changent aisément d’orientation et les passerelles existent vers le retour à la formation générale.

Si la démarche de concertation proposée par le Gouvernement pour élaborer la politique de l’apprentissage et celle de la formation semble apte à la mise sur pied d’un bon projet, David Margueritte s’inquiète de voir : « le président du Medef réclamer que la formation soit confiée aux entreprises, alors qu’elle l’est pour l’instant à l’Etat et aux Régions ».

« Confier la formation aux branches professionnelles signifie emprisonner le jeune dans une ligne, impossible de passer de la boucherie à la métallurgie, confier la formation aux branches professionnelles c’est se priver de la transversalité » argumente-t-il. Les branches ont peu de contenu commun. C’est aussi se priver de la prospective : « l’entrepreneur a le nez sur ses urgences et n’a pas nécessairement une vision du futur ».

Confier la formation aux entreprises sera source de profondes inégalités : « les moyens financiers risquent d’être répartis de façon peu équitable ; les CFA métallurgie auront beaucoup de moyens mais ceux pilotés par les chambres des métiers en auront beaucoup moins » explique David Margueritte.

Les professionnels ne sont pas les mieux situés pour avoir une vision de long terme de l’intérêt général. Pas de doute pour lui : « le pilotage public et régional de la formation permet d’avoir une vision plus fine et plus exigeante ». Il travaille à trouver un chemin de passage dans le grand remue-méninge qui se prépare.

Ginette Bléry