En vue


Valérie Egloff : sherpa de la silver économie

Dernière mise à jour 27/10/2017
Valérie Egloff : sherpa de la silver économie

En vue. « Elle nous casse les pieds avec ses vieux » disent parfois familièrement ses collègues du conseil municipal du Havre, où à la faveur du remaniement qui a suivi le départ d’Edouard Philippe, le nouveau maire, Luc Lemonier l’a nommée 11e adjoint en charge du handicap et des personnes âgées, elle était préalablement déléguée à la santé.

Santé, vieillissement, des secteurs dans lesquels Valérie Egloff est déjà impliquée depuis de nombreuses années tout à la fois en tant qu’élue municipale et tant que professionnelle. Elle est cadre infirmier et continue à exercer son métier 3 nuits par semaine. A ses fonctions municipales, elle ajoute, celle de vice-présidente de l’agglomération du Havre (Codah) en charge de la santé et du développement durable… « Le développement durable c’est la santé de notre environnement en quelque sorte » précise-t-elle pour montrer qu’elle ne change pas d’orientation. Depuis 2015, elle est Conseillère Régionale déléguée à la Silver Economie. Ajoutons à cela son implication dans le gérontopôle de l’Estuaire de la Seine, un projet lancé en septembre 2016 par Edouard Philippe.

Une femme engagée dans la vie politique de proximité

L’itinéraire de cette quinquagénaire est fait d’une rectitude et d’une cohérence où l’attention à l’autre constitue le cœur de l’action. On ne choisit pas par hasard le métier d’infirmière, il faut un goût pour aider l’autre bien chevillé au corps pour adopter cette voie professionnelle exigeante. L’autre versant de sa personnalité, une passion pour la politique, ne relève pas nécessairement d’une vocation altruiste comme le montrent les innombrables guerres des égos mais avec Valérie Egloff c’est le noble versant « au service de l’autre » qui est mis en pratique.

Son intérêt pour la politique naît en 1981, elle a alors 16 ans et suit avec passion la campagne de Valéry Giscard d’Estaing, puis rejoindra plutôt la ligne UDF de Jean Lecanuet.

Ses premières armes de militante, elle les fait aux côtés d’Antoine Rufenacht et même s’il échoue à enlever la mairie du Havre en 1989, sa flamme pour la vie locale est allumée et, à partir de ce moment, elle assistera à toutes les séances du conseil municipal de sa ville.

En 1995, à 30 ans, elle devient conseillère municipale sur la liste Rufenacht, en 1996 elle épouse Dimitri Egloff qui a, comme elle, milité dans les équipes Rufenacht et est, à ce moment, son chef de cabinet. Un couple engagé qui a, jour et nuit, la passion du Havre.

Le déploiement du bien vieillir

Les statistiques sont claires : les seniors représentent aujourd'hui plus de 23 % de la population havraise. Sur plus de 40 000 personnes âgées de 60 et plus, 28 % ont plus de 80 ans. Ces 20 à 30, prochaines années, cette proportion devrait sensiblement progresser, notamment chez les plus de 80 ans.

Pour prendre à bras le corps cette problématique et faire en sorte que ce qui pourrait être un frein au développement devienne un atout Valérie Egloff œuvre avec les équipes municipales à la mise en place d’une politique attentive.

Dès 2010 la ville a obtenu le label « bien vieillir », en 2012 elle est entrée dans le réseau OMS des « villes amies des aînés », Dieppe, Gravenchon, Trouville y sont déjà, Louviers devrait y être prochainement. Le Havre a aussi adhéré au réseau de Mobilisation Nationale contre l’Isolement des Agés (MONALISA) .L’objectif de Valérie Egloff est que l’ensemble de la Codah devienne aussi amie des aînés.

« Au-delà des problèmes physiques ce dont les séniors ont besoin c’est de se sentir utiles » souligne notre interlocutrice. Quantité de groupes et d’associations donnent aux aînés l’occasion de s’exprimer, des randonnées mixtes rassemblent jeunes et séniors, une photo dans son bureau montre une sénior spécialiste de l’escalade qui soutient l’adolescente en train de s’accrocher aux prises le long du mur d’escalade. Pour rester « branché » des activités forment au maniement des outils informatiques comme la tablette, ou à la remise à jour de la connaissance du code de la route…  « La mobilité est aussi un point clé, c’est le moyen d’échapper à la solitude » Valérie Egloff reconnaît que sur ce point il lui reste bien des choses à faire. Le système de déplacement à la demande Mobifil victime de son succès, est désormais saturé et « il y a de gros délai d’attente » constate-t-elle. Elle essaie d’imaginer une navette qui tourne sur les lieux stratégiques mais il faut convertir les collègues, trouver les budgets… en attendant elle pense qu’il faut inciter les séniors à prendre les trams, quitte à marcher un peu ce qui est excellent pour la santé tant qu’on est un sénior jeune…c'est-à-dire de moins de 75 ans.

La maison Dahlia un bouquet de possibilités

Présentée l’année dernière, la maison Dahlia créée avec l’aide du Département, de la Maia (Méthode d’Action pour l’Intégration d’aide et de soin dans le champ de l’Autonomie) cristallise les aspirations de Valérie Egloff. Il s’agit d’une maison où sont présentés les multiples dispositifs pour aider les séniors à rester à domicile : chemin lumineux pour éviter les chutes, placards mobiles pour n’avoir pas à grimper pour attraper un objet, salle de bain conçue pour les fauteuils roulants, système de détection de chutes… Pas de doute pour la spécialiste de la silver économie, « non seulement il faut faire connaître cette maison aux séniors pour qu’ils y prennent des idées d’équipements mais aussi à leurs enfants pour qu’ils prévoient l’adaptation de leur propre logement »…l’âge arrive plus vite qu’on ne le pense ! Cette maison est aussi une vitrine pour les entreprises qui réalisent ainsi une démonstration de leur matériel in situ. Les gens du bâtiment ont pris conscience de l’importance de ce marché, il existe désormais un label silver bât et une formation se met en place.

La maison dahlia est connue au niveau national et, pour notre interlocutrice : « il faudrait en développer plusieurs sur l’ensemble de la Région ».

Pour la promouvoir et pour inciter les séniors à s’équiper, par une nuit d’insomnie, Valérie Egloff a inventé le Sherpa. Il s’agit du Service Havrais d'Évaluation des Risques au domicile des Personnes Âgées), grâce  à celui-ci, les séniors reçoivent la visite d’un ergothérapeute et celle d’une conseillère sociale qui les aident à étudier l’aménagement de leur logement pour l’adapter aux besoins du 3e âge. Il a actuellement plus de 100 chantiers en cours pour l’adaptation des logements. Face au développement de la chirurgie ambulatoire,  cette adaptation devient encore plus essentielle.

Résidences et Ehpad

Si le maintien à domicile des personnes âgées est l’option prioritaire, elle a besoin d’être complétée par des établissements spécialisés.

« En 1995 il y avait 17 foyers logements mais ils étaient vétustes et une transformation complète des structures d’accueil a été menées avec d’une part des ouvertures d’Ehpad, ils sont maintenant 5 privés et autant de publics, qui représentent 440 lits et deux autres sont en construction » explique notre interlocutrice.

Des foyers logements ont aussi été construits et de citer les « Jardins d’Arcadie » situés en plein centre ville, La Poudre de Lin résidence sénior construite par Domitys à Montivilliers.

Implantée au cœur du quartier rénové de l’Eure, la résidence « La Girandière accueille aussi les seniors. Ajoutons à cela les résidences CCAS : Bretagne, Massillon, Joliot Curie, Lamartine.

Ces lieux apportent un cadre sécurisant (personnel disponible 24h/24 et 7J/7), conjuguant confort, convivialité, services à la personne et situation dans la ville.

Il reste beaucoup à  faire

Certes Le Havre est une ville amie des aînés mais il reste beaucoup à faire car pour Valérie Egloff : « c’est toute la ville qui doit être pensée en fonction du vieillissement de la population d’autant que les touristes qui viennent par les croisières sont majoritairement des séniors ».

Le rapport de Christophe Bouillon, député de Seine-Maritime, remis le 25 janvier 2017 à Matthias Fekl, secrétaire d’Etat chargé du Commerce extérieur, de la promotion du Tourisme, notait qu’en 2014, près d’un tiers des nuitées des touristes français ont été réalisées par des personnes de 62 ans ou plus. Le tourisme des séniors a fortement progressé ces dernières années sous l’effet du  vieillissement de la population et d’un taux de départ élevé jusqu’à plus de 80 ans.

Une telle population signifie plus de bancs confortables pour des petits repos, plus de toilettes, une hôtellerie qui tienne compte aussi des contraintes du 3e âge… Tout un ensemble de secteurs qui ne relèvent pas directement du mandat municipal de l’adjointe à la santé et dont elle doit convaincre l’élu en charge des transports, ou celui de l’aménagement de la ville…C’est évidemment le moment où elle entend « Elle nous casse les pieds avec ses vieux » mais elle poursuit obstinément son chemin.

Ginette Bléry