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Le solaire est LA solution de demain…même en Normandie

Dernière mise à jour 11/10/2017
Cécilia Inostroza et Alban Verbecke

Economie. Alban Verbecke président d’Energies Normandie et Cécilia Inostroza directrice commerciale Terre Solaire, membre du Cluster solaire d’Energies Normandie, étaient les invités du déjeuner débat de l’association Normandie Axe Seine qui pose un regard interrogateur sur tout ce qui se passe en Normande.

L’énergie solaire en Normandie peut prêter à sourire, avec 150 heures d’ensoleillement à Rouen au mois d’août 2017, on serait en droit de penser que le recours à cette énergie n’est pas pour cette région de France. C’est un propos de béotien. Dès le départ, Paul François Astolfi qui animait la réunion rectifie le tir « les techniques ont évolué et il n’est plus nécessaire que le soleil soit là pour que les panneaux solaires produisent de l’énergie, la luminosité suffit, autrement dit le solaire photovoltaïque a toute sa place chez nous. »

Une Normandie riche d’énergies

Alban Verbecke, ne manque pas de rappeler que : « la Normandie est la première région de France pour la production énergétique avec ses 9 réacteurs nucléaires (en comptant celui qui va démarrer à Flamanville) et avec la pétrochimie. Un rang qu’elle pourrait conserver car il n’est pas exclu qu’elle bénéficie du prochain EPR qui sera construit après la mise en fonctionnement de Flamanville. Mais rien n’est gagné car une autre région est en lice ».

Cette richesse énergétique se traduit « en espèces sonnantes et trébuchantes » ne manque pas de rappeler celui qui est aussi Délégué régional d’EDF, entreprise qui fait travailler 10.000 personnes, verse localement 1 milliard d’euros chaque année au titre des salaires et taxes diverses. A cela s’ajoute 1 milliard de travaux d’investissements et  de maintenance où le grand carénage tient une vaste place.

Bref les Normands récupèrent une bonne partie des 5 milliards d’euros annuels que les Français paient sur leur facture d’électricité au titre de la contribution aux énergies renouvelables (taxe CSPE).

Cette dynamique ne doit pas faire oublier que le solaire photovoltaïque est bien présent en Normandie : « avec plus de 13.000 installations raccordées de la toiture du particulier à la grande centrale au sol, ce sont déjà plus 127 GWh qui sont produits chaque années, et ce dans tous les départements » souligne Alban Verbecke.

Du nucléaire au solaire

Certes, la contribution de l’énergie solaire reste modeste en France mais Alban Verbecke remet les choses en perspective : « notre pays a une puissance installée 130 GW d’électricité pour ses 67 millions d’habitants et le solaire n’y compte guère que pour 1,6% et l’éolien 3,9%. La Chine consomme 311 GW pour son 1,4 milliard d’habitants mais 78 GW viennent du solaire. Ce qui n’empêche pas les centrales au charbon de continuer à tenir une grande place, d’autant qu’en 2020 l’Empire du Milieu aura besoin de 1.000 GW ».

L’homme d’EDF qui a dirigé les centrales nucléaires normandes n’hésite pas à conclure : « aujourd’hui le nucléaire finance le développement des Energies Nouvelles Renouvelables, demain ce seront elles qui financeront le nucléaire ».

La révolution va pouvoir s’accomplir grâce à la baisse du prix de revient de l’énergie : « il y a quelques années on était à 350 euros du MWh, dans les installations les plus performantes on arrive maintenant à 30 euros du MWh. Dans la pratique on est plutôt à 70 euros. De plus l’énergie solaire est la plus propice à la réduction des émissions de CO2 dont une récente étude montre qu’en Normandie elles proviennent à 34% du transport, à 32% de l’industrie et à 23% du résidentiel. Pas de doute l’avenir appartient au solaire.

Le cluster solaire en plein boom

« Ce cluster existe depuis 10 ans, c'est-à-dire depuis le Grenelle de l’environnement qui a marqué le début de la révolution énergétique » rappelle Cécilia Inostroza. Il fait partie d’Energies Normandie et rassemble 50 partenaires qui se veulent pragmatiques et souhaitent favoriser la création d’entreprises et d’emplois. On y trouve aussi bien des industriels, des développeurs, des installateurs que les collectivités et les institutionnels. Elle place sa démarche dans la ligne décrite par Jeremy Rifkin dans La nouvelle société du coût marginal. Nous sommes tous appelés à devenir des « prosumers » c'est-à-dire tout à la fois des producteurs et des consommateurs. Chaque maison équipée de ses panneaux solaires produira, consommera et vendra de l’énergie directement à travers le continent grâce à de nouveaux réseaux qui se mettront en place via internet qui est désormais le moteur central de l’organisation. Au capitalisme basé sur des investissements extrêmement lourds succède une production au coût marginal (c'est-à-dire le coût de production d'une unité supplémentaire).

« La législation ne va pas manquer de stimuler cette transition puisque l’application de la RT2020 va obliger à construire des bâtiments à énergie positive, le solaire sera la seule solution » souligne-t-elle.

Des participants intéressés

Les questions n’ont pas manqué de fuser. « Quel intérêt y a-t-il à promouvoir une filière dont nous avons raté le coche et dans laquelle nous ne sommes pas producteurs de panneaux solaires ? »

La situation n’est pas aussi dramatique que cela explique un industriel présent, le panneau en lui-même ne représente que 30% de l’investissement et l’assemblage, la connexion, l’ensemble des services sont apportés par les entreprises françaises.

Patrick Chabert  conseiller de la Métropole s’émeut du problème « de l’esthétique pour les monuments historiques ». C’est un point auquel les membres du cluster solaire sont sensibles et ils pensent que des solutions sont en train d’être mises au point. L’avocat qu’il est aussi évoque : « les arnaques de certains vendeurs qui omettent de préciser les coûts de raccordement et le particulier se retrouve à devoir assumer les frais très lourds d’une tranchée pour revendre l’énergie qu’il a produite ». Les membres du cluster considèrent que ce fut un problème de jeunesse et qu’une démarche plus vertueuse se met en place

« La durée de l’amortissement d’un tel investissement ?» interroge aussi un participant. Elle est de 15 ans pour l’instant, ce qui en fait un projet à long terme qui trouve tout son sens dès qu’il est inclus dans les nouvelles constructions.

Quant au « recyclage des panneaux solaires » dont la longévité est bien supérieure à ce qui est annoncé, nul doute qu’il ne crée un nouveau business du côté des professionnels de la récupération d’autant que 85% des composants sont recyclables.

Ginette Bléry