En vue


David Margueritte : la maîtrise de la formation passe par l’orientation immersive

Dernière mise à jour 06/10/2017
David Margueritte

En vue. Voici deux ans que la Région a choisi de mettre l’accent sur la formation continue et sur l’apprentissage car l’acquisition des compétences est la voie royale pour lutter contre le chômage et pour favoriser le développement des entreprises. Avec 10.000 postes non pourvus chaque année dans les entreprises en Normandie et 175.000 chômeurs totalement sans emploi, le dysfonctionnement est patent.

Contrairement à ce que disait Mitterrand en 1993, contre le chômage on n’a pas tout essayé et la Normandie tente d’ouvrir une nouvelle voie qui s’ancre sur les besoins du terrain.

La richesse du regard neuf

David Margueritte, vice président de la Région, a été envoyé au feu pour tenter une approche résolument nouvelle de ce qui constitue le scandale de notre pays. Cet avocat de 37 ans, qui a fait ses classes politiques dans le Cotentin sa terre d’origine, a eu une formation résolument tournée vers la politique (IEP Rennes, DESS communication politique…) même s’il dit qu’il rêvait d’être enseignant dans jeunesse et pratique la formation dans sa spécialisation en droit public. Il n’a donc pas de compétence particulière en formation mais il reconnaît que « c’est grâce à cette absence de spécialisation qu’il a pu aborder de façon constructive cet univers d’une complexité infinie qu’est la formation dans notre pays ». Car il est difficile d’imaginer le nombre d’organismes, de sigles, de comités, de commissions qui interviennent dans cet univers. Finalement de n’appartenir à aucune chapelle de la formation lui a permis d’avoir un regard neuf, d’avancer sans a priori et de ne pas pratiquer l’autocensure inconsciente.

Un livre blanc à venir

Une démarche de co-construction a été lancée que normandiexxl  a souvent évoquée pour prendre consciences des besoins du terrain. Pourquoi former des jardiniers si on a besoin de routiers dans le bassin d’emploi concerné ? Mais encore faut-il connaître les besoins.

Le livre blanc sur les besoins en formation de la Région sera lancé le 13 octobre, il fait la synthèse des  20 réunions menées à travers tout le territoire normand par David Margueritte pour être à l’écoute des besoins des chefs d’entreprises en matière de recrutement. Quelque 1.500 personnes ont été rencontrées dans le cadre de ces sessions non seulement les chefs d’entreprises mais aussi les responsables des innombrables structures qui interviennent dans l’emploi.

Dès le départ David Margueritte connaissait l’inadaptation de la formation par rapport aux besoins des employeurs avec ces 10.000 postes non pourvus mais il n’imaginait pas l’ampleur des difficultés ainsi créées. Ce sont les témoignages saisissants que nous avons déjà eu l’occasion de rapporter qui lui ont fait mettre le doigt dans la plaie.

Déjà la Région a lancé 8.000 formations pour répondre aux besoins des employeurs, ces offres sont faites via les marchés publics et concernent majoritairement la formation continue destinée aux chômeurs. Elle a aussi tenu à associer à cette démarche les sociétés d’intérim en signant un accord avec Prism emploi que nous avons déjà présenté.

Après le marathon des réunions le travail continue, à chaque rencontre des ambassadeurs ont été nommés qui ont pour mission de continuer l’écoute et de transmette les besoins du terrain. Ces animateurs restent des aiguillons permanents.

L’orientation au cœur du problème

La Région maîtrise aussi le nombre de places dans les CFA et elles ne manquent pas… ce serait plutôt les candidats à l’apprentissage qui feraient défaut, à cause souvent d’une perception négative de ce type de ce type de formation. Ce rejet se retrouve à tous les niveaux de la société aussi bien chez les parents que chez certains enseignants. On est sur ce plan véritablement devant un problème culturel.

De cette connaissance intime de la disparité entre les formations existantes et les besoins des employeurs, de ce désamour pour l’apprentissage David Margueritte conclut que : « le problème à la base est celui de l’orientation des jeunes ». C’est dans cette direction qu’il va désormais orienter son travail.

Pour franchir ce cap essentiel que les forums de l’emploi sont loin d’avoir résolu, que les CIO peinent à maîtriser, David Margueritte opte « pour une orientation immersive ». C'est-à-dire que les jeunes aillent plus sur le terrain pour mieux connaître les métiers. Cela suppose que les CFA, que les employeurs ouvrent plus largement leurs portes pour que les lycéens découvrent toutes les potedntialités de leur environnement géographique. Ces deux acteurs ne rechigneront ils pas à consacrer à du temps à une activité qui n’est pas immédiatement rentable ? « La signature récente d’un accord avec Opcalia Normandie, Organisme Paritaire Collecteur Agréé (OPCA), chargé de collecter les obligations financières des entreprises en matière de formation professionnelle ne saurait que contribuer à ouvrir les portes des entreprises. Et avec un budget de 230 millions d’euros pour la formation et de 136 millions d’euros pour l’apprentissage, la Région a quelques moyens de faire d’aimables pressions souligne notre interlocuteur ».

La démarche normande deviendra t elle un modèle ?

David Margeritte déjà vice-président du Crefop organisme qui rassemble des représentants de l’Etat, de la Région, des  syndicats, des opérateurs de l’emploi pour assurer la coordination entre ces divers acteurs, vient d’être nommé président de la Commission emploi – formation – apprentissage pour l’association des Régions de France(ARF). Il remplace à ce poste Gérard Cherpion, qui quitte ses fonctions de Vice-président en charge de l'emploi, de la formation et de l’apprentissage de la Région Grand-Est. Un mandat national dont on peut espérer qu’il permettra de mettre en lumière l’originalité de la démarche normande en espérant qu’elle sera pleinement couronnée de succès mais cela demande du temps pour qu’un début de mesure se mette en place.

Pour la première fois depuis 5 ans le nombre des jeunes inscrits dans les CFA a cessé, notamment en BTP et en métallurgie, mais il faudra attendre décembre pour connaître les chiffres définitifs.