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Jean Maze : un régionaliste normand au service de la décentralisation française

Dernière mise à jour 03/10/2017
Un des nombreux ouvrages de Jean Maze qui nous semble tout à fait d'actualité

Culture. Jean Maze est né Jean Marie Zidler en 1911. Enraciné en Normandie, Jean Maze, ancien responsable du secteur économique sur France Inter, journaliste, spécialiste de la décentralisation recevait volontiers dans « sa » ferme de la Haute Crémonville à Saint-Etienne-du-Vauvray dans l’Eure qu’il rêvait de restaurer et qui est devenue un magnifique restaurant de qualité.

Jean Maze est revenu dans l’actualité avec la réédition récente de son ouvrage « le système 1943 – 1951» paru en 1951. Préfacé par le Dr Plouvier l’ouvrage décrit l’Epuration dans le monde de la presse et de l’édition. Il a beaucoup écrit  sur l’aménagement de la Normandie, d’abord de multiples articles dans le « XXème siècle fédéraliste » et plusieurs ouvrages comme « le Vaudreuil aux rendez-vous de l’Histoire » qui décrit l’histoire du site, longtemps verrou du duché de Normandie,  de « Frédégonde à Jacques Chirac ». Cet ouvrage décrivait la naissance, très technocratique, de ce qui devait devenir une vitrine des villes nouvelles. Elle prit le nom de Val de Rueil et resta, faut-il s’en féliciter, une ville moyenne ? Le projet ne résista pas à la crise née de la fin des « trente glorieuses » et l’objectif des 100 000 habitants restera un mirage. Jean Maze avait bien analysé l’échec relatif des villes nouvelles, trop proches de Paris pour l’équilibrer et contribuant au contraire à développer son expansion boulimique. Au Vaudreuil, Jean Maze passa sa jeunesse et y résida longtemps. Il y noua des relations avec Jacques Le Roy Ladurie, d’ancienne famille normande, qui fut ministre de Vichy avant de passer dans la résistance. Son fils, l’éminent historien Emmanuel fut, grâce à Jean Maze,  associé aux manifestations du « Mouvement Fédéraliste Français » dont il était un dirigeant.

Un militant de la décentralisation

Se partageant entre la Normandie et Paris Jean Maze fut un ardent propagandiste de la revue « Les Etudes Normandes » qu’il fit connaitre hors de Normandie comme un laboratoire de réflexion sur la décentralisation. Grâce à lui les noms de François Gay ou Michel Bussi devinrent des références pour les militants de la décentralisation. Proche du Mouvement Normand qu’il citait régulièrement, Jean Maze fut membre du comité directeur du Mouvement Fédéraliste Français et président du Comité de Liaison pour l’Action locale et Régionale, ensuite présidé par son ami Loeiz Laurent. Nombreux furent ses écrits sur les enjeux de la décentralisation dans nombre de revues comme « les Républiques françaises ». Ses ouvrages jalonnent la pensée décentralisatrice en  France, principalement sous deux angles : la décentralisation comme mode d’organisation territoriale d’une part et comme enjeu culturel d’autre part. Citons « Régions et départements : vers une nouvelle structure territoriale française » (in « le XXème siècle fédéraliste » 1959 où il fait du département un bouc émissaire dans la ligne de toute une école de géographes et sur un plan plus culturel  la brochure « sur le droit des Français à être reconnus majeurs - 1981» ou encore « la frénésie culturelle – 2000 » où il dénonce la prégnance de l’idéologie jacobine si proche de notre « politiquement correct » d’aujourd’hui

On ne s’étonnera pas qu’en 1995 il applaudisse, avec ses « disciples », à la loi Pasqua (le diable porte pierre !) qui instituait les « pays »,  aujourd’hui enterré sous les coups conjugués des jacobins de droite et de gauche. Jean Maze en fut sans doute le meilleur avocat et le plus avisé des propagandistes et conférenciers. Et plusieurs réunions de formations d’élus locaux se déroulèrent en Normandie sur ce thème, à Fécamp ou Tancarville à l’initiative de Patrick Robert.

Mais Jean Maze répugnait si peu aux idées générales et aux joutes politiques qu’il écrivit quelques pamphlets qui ont fait date. En 1948, il publiait le « nouveau dictionnaire des girouettes » sous le pseudonyme d’Orion. Il y dénonçait ceux qui en l’espace de 10 ans avaient successivement applaudit Reynaud, Pétain, de Gaulle.  A l’instar de l’ouvrage  du même titre, moins le mot nouveau, qui listait ceux qui avaient successivement crié en 1815 « Vive l’Empereur puis Vive le Roi, puis encore (pendant les 100 jours) Vive l’Empereur et enfin avec la seconde Restauration, vive le Roi ». Mais en 1815 c’était finalement moins risqué !

Joël Broquet Président du Carrefour des Acteurs Sociaux - Secrétaire général du «Mouvement Fédéraliste Français»