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Quand l’axe Seine se cherche des racines en Guinée !

Dernière mise à jour 05/09/2017
S.E.MM Jean-Marc Grosgurin et Amara Camara

Economie. 4.500 km séparent la Normandie de la Guinée Conakry mais, le temps d’un déjeuner, ils se sont abolis pour la soixantaine de personnes qui, à l’invitation de l’association Normandie Axe Seine (N.A.S.), avaient rejoint Jean-Marc Grosgurin, Ambassadeur de France en Guinée et en Sierra Leone et Amara Camara, Ambassadeur de la République de Guinée en France et au Portugal et Délégué Permanent de la Guinée à l’Unesco.

La rencontre a eu lieu à l’initiative de d’Aly Therian, Président de l’association des Guinéens de Normandie qui a convaincu Steeve Kowalski président de N.A.S., de la nouvelle dynamique de la Guinée et de l’opportunité de resserrer les liens avec ce pays. Le sujet a séduit nombre de chefs d’entreprises et des élus de tous bords aussi bien Catherine Morin Desailly (sénatrice UDI), Jean-Luc Leconte (sénateur PS), que ceux de LREM avec Sira Sylla et Damien Adam, députés de Seine-Maritime.

Guinée is back

Si on peut parler de retour de la Guinée c’est qu’elle émerge seulement maintenant après deux années d’épidémie du virus Ebola qui a tué 11.000 personnes. Un drame humain qui a plongé le pays dans le désarroi mais a aussi donné un sérieux coup de frein à l’économie qui ne fait que redémarrer.

Jean-Marc Grosgurin, un Normand né à Rouen et Amara Camera se sont tous deux félicités de l’attitude de la France pendant cette crise sanitaire, non seulement elle n’a pas abandonné la Guinée à ce moment, mais les officiels y sont venus. Le voyage du président Hollande le 28 novembre  2014 a marqué les esprits, de même que la continuation de l’activité du lycée français de Conakry pendant toute cette période. Le président Alpha Condé est venu en visite d’état à l’Elysée, le 11 avril 2016, c’était la première visite d’un chef d’état guinéen depuis 35 ans. « Entre nos deux pays les relations sont au beau fixe » affirment de concert les deux ambassadeurs.

Ces deux années de fièvre se sont traduites par une économie atone dans un pays où il reste beaucoup à faire, le PIB atteint à peine 7 milliards de dollars avec 12 millions d’habitants. La Guinée demeure un partenaire commercial modeste pour la France (23e rang). La part de marché de la France continue à se dégrader, passant de 8% à 5% entre 2012 et 2015, en faveur notamment de la Chine (43% contre 23% en 2012) et de l’Inde (9%).

Un pays riche d’opportunités

Jean-Marc Grosgurin qui venait d’assister à la Semaine des Ambassadeurs durant laquelle Edouard Philippe a souhaité que « le rôle économique de l’ambassadeur soit conforté » a montré un pays où les opportunités d’affaires sont importantes. Quelques 90 entreprises françaises sont présentes en Guinée, souvent de très grandes (Bolloré, Air France, Castel…) et il faudrait que les PME / PMI y soient plus actives. Les ressources principales du pays sont la bauxite et l’or. Amara Camara a souligné qu’à côté des richesses minières, existent aussi de forts potentiels pour l’hydraulique, l’halieutique et pour lui « la Guinée peut être autonome en énergie ».

Les questions des participants n’ont pas manqué de fuser, Cedric Loutz spécialiste d’engins de construction se demande ce qu’il en est des flux financiers et cherche un peu la porte d’entrée. « Les conseillers commerciaux sont là pour ce genre de problème, le Medef a fait une étude sur le sujet ainsi que la CCI de Marseille » rappelle l’Ambassadeur de France. Pour Guillaume Dumoulin de Terre Transit : « les coopérations sont en marche tant dans le sens Nord/Sud que du Sud vers le Nord ».

Une société normande à Conakry

Pour l’instant une création normande est en cours avec la prochaine installation de Nutriset en Guinée. Cette entreprise de Malaunay (76) est spécialisée dans la fabrication de nutriments grâce auxquels les enfants échappent aux carences alimentaires susceptibles de handicaper gravement leur développement intellectuel.

Adeline Lescanne-Gautier, directrice générale de Nutriset a brièvement évoqué la future usine qui compte s’implanter dans la périphérie de Conakry. Elle utilisera dans un premier temps l’arachide comme élément de base dans la fabrication de l’aliment ; cela suppose le développement de leur culture. D’autres produits comme le riz, l’huile de palme, le sorgho etc.… feront eux aussi partie des ingrédients

Nutriset depuis 30 ans fabrique des produits pour la malnutrition, l’entreprise travaille avec les gouvernements et elle est déjà présente dans plusieurs pays, Adeline Lescanne rappelle : « que la difficulté c’est comment une entreprise privée peut lutter contre la malnutrition en accord un gouvernement » Amara Camara dit que : « cette opération a le soutien du gouvernement car ce dernier a besoin de la force de ses habitants ».

La démocratie est de retour

L’actuel président Alpha Condé (candidat du RPG et de l'Alliance Arc-en-ciel) a été élu pour la première fois en 2010 (52,5 % des suffrages) puis réélu le 11 octobre 2015, (58 % des suffrages) pour un nouveau mandat de 5 ans. Amara Camara affirme sans ambigüité « nous sommes un état de droit, les radios sont libres, le président au pouvoir a fait ce qui ne l’avait pas été au préalable en ce domaine » en réponse aux inquiétudes de l’avocate Marie-Christine Hervé-Porchy concernant la sécurisation des relations si on veut le développement des contacts avec les PME/PMI. Sur ce point d’ailleurs, l’avocat Patrick Chabert, félicite l’ambassadeur de Guinée pour l’adhésion de son pays à l’Ohada (Organisation pour l’harmonisation en Afrique du droit des affaires) ce qui permet de connaître le droit des affaires en Guinée.

Quant à la sécurité des personnes évoquées aussi par l’avocate pour Jean-Marc Grosgurin « elle dépend du pays d’où l’on vient ». Quand il était au Yémen il lui fallait un garde du corps, ce n’est pas le cas en Guinée, ce qui n’empêche pas d’être vigilant.

Conakry capitale mondiale du livre

Catherine Morin-Desailly n’a pas manqué de demander quels étaient « les plans pour l’éducation et la formation ». Ces deux axes sont considérés comme prioritaires dans un pays qui a choisi de garder le français comme langue officielle et s’attache à l’enseigner ainsi que les langues d’origine.

Jean-Marc Grosgourin souligne que Conakry est cette année capitale mondiale du livre depuis le 23 avril, l’action est accompagnée d’une exposition sur le livre numérique, on parle aussi d’incubateur de startup et on rêve de faire une Station F … dans une Blue zone autonome en énergie.

Isabelle Le Camus de Lagrevol déléguée du réseau ADIFLOR Association pour la diffusion internationale francophone de livres, ouvrages et revues françaises était aussi présente et a rappelé qu’il s’agissait ainsi de « permettre aux enfants francophones résidents à travers le monde de lire des livres de tous horizons et de toute provenance. »

Outre ce déjeuner, la délégation guinéenne a rencontré des responsables du Département, de la Région, de la Métropole et de la Préfecture pour ouvrir des pistes de coopération.

Ginette Bléry