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De la pêche à la thalasso…Fécamp se réinvente

Dernière mise à jour 25/08/2017
Le futur musée des pêcheries qui sera inauguré en fin 2017

Collectivités. Fécamp ce sont tout à la fois et en brossant le portrait à grands traits : une situation géographique particulière, l’histoire d’une ville chère au cœur de Guillaume le Conquérant et un port de pêche exceptionnel qu’il s’agisse du hareng ou de la morue. Pour la nouvelle équipe municipale arrivée en 2014, avec comme maire Marie-Agnès Poussier-Winsback (LR), il faut aujourd’hui : « adapter cette ville à une nouvelle économie, reconstruire certains quartiers, réhabiliter complètement des espaces laissés en friche … »

Un lieu choyé par les Normands

Perchée sur la falaise du pays de Caux, Fécamp en occupe le point culminant avec ses 105 m au Cap Fagnet ce qui vaut à toute cette région l'appellation de "Pays des Hautes Falaises ». Dès la période romaine se crée un village de pêcheurs qui prend le nom de « fiscannum », dérivé de « fisk » signifiant poisson en vieux scandinave. Puis le village s’étend dans la vallée à mesure que les terrains insalubres, mélange d’eau de mer et d’eau douce, sont assainis ; et ce n’est qu’en 1880 que le marécage de Fécamp a complètement disparu.

Côté histoire, rappelons que Fécamp fut l’une des capitales des ducs de Normandie. Ils bâtirent un palais doté d’une large enceinte et, afin de prouver leur conversion au christianisme, un monastère. Ce dernier, admiré de tous, on le doit, d’après la légende, au tronc du figuier dans lequel avait été caché le Précieux Sang du Christ, miraculeusement échoué sur la plage de Fécamp. Les Normands fondèrent l’abbaye de la Sainte Trinité, à la conception de laquelle contribua le célèbre abbé bénédictin Guillaume de Volpiano (1001). En 1067 Guillaume le Conquérant y fête sa victoire d’Hastings. En 2017 et  après plus de 5 ans de travaux, la rénovation extérieure de la Sainte- Trinité est en passe de se terminer, reste à mener la restauration de l’intérieur. Tout le monde a mis la main à la poche pour financer les 2,7 millions d’euros nécessaires: Etat, Région, Département et la Ville.

Une vocation maritime

En 1881, regardant le paysage depuis la Maison Tellier, Guy de Maupassant, écrit : « par les fenêtres, on apercevait le bassin plein de navires qu’on déchargeait, le grand marais salant appelé « la Retenue » et, derrière, la côte de la Vierge avec sa vieille chapelle toute grise ». Cette dernière, la Chapelle Notre Dame du Salut, désormais monument historique, a sa toiture à refaire, un investissement de 300.000 euros qui pourra bénéficier d’une aide de 20% de l’Etat et pour lequel la municipalité a demandé l’aide de tous les financeurs possibles.

Au 19e siècle, la pêche bat son plein dans cette cité où depuis la découverte du Nouveau Monde, les équipages fécampois sillonnent les océans. Longtemps considéré comme le poisson roi, le hareng sera concurrencé par la morue. Entre 1901 et 1905 on compte 69 trois-mâts immatriculés à Fécamp. Maintenant le site internet du port de Fécamp annonce une flottille de pêche de 2 navires destinés à la grande pêche, 10 navires de pêche côtière, 25 navires de petite pêche mais il y a 800 anneaux pour la plaisance complétés depuis 2011 par 180 places en port à sec.

La boucane, lieu de fumage (l’action, c’est « boucaner ») du poisson qui donnait une odeur si particulière à la ville, ressuscite le dernier week-end de novembre lors de la foire aux harengs sur le Grand Quai. On peut en profiter pour visiter l’ancienne saurisserie et suivre la démonstration du savoir faire des anciennes filetières.

Après la loi NOTRe

La ville intra-muros, au dernier recensement, comptait 19.344 habitants. Mais avec la fusion des intercommunalités et le rapprochement avec Valmont pour élargir l’Agglomération Fécamp Caux littoral, la ville appartient à un ensemble de 40.000 habitants. Lors de son élection à la présidence de cette nouvelle agglomération Marie-Agnès Poussier-Winsback a déclaré : « Fécamp ville-centre confortera son rôle de locomotive du territoire. Aucune commune ne peut envisager de prospérer sans une ville-centre dynamique ».

Le grand plan

Le quartier Ramponneau a été entièrement rénové et inauguré en 2016. En fin 2017 ce sera prochainement, l’ouverture du Musée des pêcheries. Il accueillera les œuvres des anciens musées des Terre-neuvas et du Centre des Arts sur 5.000 m² de surface.

Pour rénover, réhabiliter, insuffler un nouveau dynamisme, Marie-Agnès Poussier Winsback a choisi une démarche fort originale : ici pas d’appel à un cabinet d’études mais une remise à plat complète de la carte de Fécamp pour lister les zones de friches, débusquer les immeubles à rénover, les quartiers à transformer par les services de la Ville de Fécamp.

C’est en s’appuyant sur les compétences de ses collègues de la Direction Générale que Christelle Marzolf (DESS de finances) une ancienne de la ville du Havre, avec la petite équipe de collaborateurs du développement local (6,5 personnes) coordonne la mise sur pied de l’état des lieux pour mieux maîtriser la croissance du territoire. Un vaste chantier qui suppose non seulement l’établissement de la cartographie des projets, la mise en œuvre du choix du développement des axes mais doit aussi trouver les financements, les maîtres d’œuvre et mener un travail d’attractivité pour que les investisseurs viennent s’installer à Fécamp. Le service a procédé à l’identification des friches, à la description des emprises, une cinquantaine de friches ont été repérées et leur fiche descriptive a été établie.

Transformations en cours

Parmi les travaux très avancés citons l’ouverture prochaine d’un Skatepark de1500 m² de béton pour la glisse avec l’aménagement du site de la Mâture (pose de la 1ère pierre le 23 septembre)

Dans le traitement des friches tertiaires, les espaces libérés ouvrent la perspective sur les bâtiments de l’Abbatiale et ils autoriseront le stationnement pour accéder aux magasins (l’aménagement du parking sera confié à un architecte paysagiste), les producteurs fermiers en bénéficieront aussi et s’y installeront lors du marché hebdomadaire.

Autre grand point de transformation, sur le site l’ancien hôpital Dunant, seront installées et une école d’infirmières et une formation pour les aides-soignants. Le bâtiment St Louis de ce site sera transformé en résidences qualitatives pour les séniors autonomes. Le groupe Hisia se rend acquéreur à l été 2017 d’une parcelle de 3.385 m² et construira des appartements T1, T2 ou T3, destinés à la location ou à la vente. Le permis de construire est déposé.

En centre ville, l’espace du Tribunal de Commerce désaffecté fait l’objet de plusieurs options avec des opérateurs d’enseignes commerciales, des activités de loisirs et de la restauration ou des professions libérales. Une réflexion est également en cours pour la création d’un espace de co-working. Son affectation n’est pas encore déterminée.

Toujours en centre ville, sur demande de la collectivité, le cinéma pourra procéder à son extension avec la création de 4 salles (350 personnes) qui occuperont une galerie commerciale à rendre plus attractive et pour lesquels les commerçants en place seront accompagnés avec l’aide du Fisac. Les travaux sur ce lieu dit la Halle au beurre pourront commencer au 2e semestre 2018 et se termineront fin 2019.

Toujours en position centrale, les logements vacants au-dessus de la Poste vont être rénovés pour un habitat de qualité.

Sur la Presqu’île Grand Quai se déploiera un vaste projet hôtelier avec centre de thalassothérapie. L’architecte est Alain Elie, et c’est Eiffage qui mènera les travaux. Le cahier des charges est monté, l’hôtel sera un 4 étoiles de 95 chambres.

Autre vaste projet, la relocalisation du casino qu’il faut impérativement déplacer car il se trouve limité dans ses capacités d’extension, se situant dans des zones de submersion marine et de projection de galets. A l’endroit de sa nouvelle localisation, à la Mâture, s’ajouteront la création d’une salle de spectacle et la mise en place de stationnement

Le marketing en action

Puisque la ville a décidé de se réinventer elle-même, il lui faut trouver des partenaires et des prestataires. Marie Agnès Poussier Winsback soigne l’image de sa ville : Tony Parker a fêté cette année les 10 ans des Tony Parker Camp où des centaines de jeunes basketteurs en herbe viennent de toute la France pour suivre les conseils de la star de NBA (qui anime depuis 10 ans à Fécamp un campus de basket, il est déjà venu faire du street-basket en 2016), pour favoriser l’apprentissage des jeunes. En novembre, la ville, l’agglomération et l’office du tourisme auront un stand sur la transat Jacques Vabre au Havre avec l’Office de tourisme, l’occasion de promouvoir les bonnes emprises qui restent à commercialiser. Une action analogue s’est déroulée début juillet avec le Village du Tour de France à la Voile où la Ville de Fécamp animait un stand de style « Carré VIP ». Un stand au salon de l’immobilier a aussi contribué à enrichir la base de données des investisseurs intéressés par Fécamp.

Peu à peu se constitue un fichier d’investisseurs, d’architectes, Christelle Marzolf organise des visites pour des publics spécifiques afin de leur faire découvrir les sites qui restent à transformer, ainsi progressivement s’élargit le panel des intervenants : auparavant pour l’immobilier d’habitat social, la ville travaillait presque exclusivement avec le bailleur social IBS (immobilier de la Basse-Seine) grâce à ses actions elle a élargi le nombre des intervenants à 3 autres bailleurs sociaux. 365 logements sont aujourd’hui en projet de construction ou rénovation sur Fécamp, et pas seulement pour du logement social !!!

Ginette Bléry