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Douloureux changement de modèle

Dernière mise à jour 24/08/2017

Idées. Pour la rentrée, il pleut des hallebardes, non du ciel, mais de tous les bords politiques à l’évocation des prochaines mesures qui doivent être mises en place : la réduction des budgets des collectivités locales avait déjà suscité l’émotion des élus locaux à la fin de l’été et l’annonce de celle des emplois aidés fait monter d’un cran le tollé…à quoi s’ajoute le coût de rabot sur les APL.

La sénatrice socialiste de Seine-Maritime Nelly Tocqueville nous a communiqué la lettre qu’elle a envoyée au Premier Ministre. Elle y exprime sa surprise concernant le non renouvellement des contrats aidés ou encore les suppressions de crédits de la Dotation d’Equilibre des Territoires Ruraux. Elle rappelle l’utilité des ces contrats et souligne avec juste raison qu’en ce qui concerne les contrats d’avenir « on ne peut pas [les] stopper au bout d’une année alors que dans l’engagement initial de l’Etat, la durée minimale est fixée à 3 années. » Et l’élue socialiste d’argumenter en parlant des contrats aidés «les supprimer, ce sera renvoyer ces bénéficiaires au chômage car il est bien évident qu’ils ne pourront pas être recrutés. Cela ne coûtera pas moins cher sur le plan budgétaire. »

Le député LREM de Seine Maritime, Damien Adam, dans un communiqué envoyé aujourd’hui, ne manque pas de rappeler aux élus socialistes que « c’est bien l’ancienne majorité qui avait prévu 280.000 contrats aidés sur l’année, soit deux fois moins qu’en 2016 » En fait le Gouvernement actuel s’est trouvé sur ce poste face à une surconsommation budgétaire et a été contraint de voter une rallonge qui porte le nombre à 293.000 contrats (sur RMC ce matin Edouard Philippe annonçait même 320.000 pour l’année).

Aussi Damien Adam déclare-t-il qu’il faut « revoir l’ensemble des outils d’accès au marché du travail […] la première précarité, c’est le chômage ; la première sécurité, c’est la compétence et le premier levier de réussite, c’est la formation. »

Le Premier Ministre n’a pas dit autre chose ce matin en appliquant aussi cette théorie à l’entrée à l’Université où au bout de 4 ans, 60% des étudiants sont en situation d’échec…alors il se garde bien d’évoquer des examens d’entrée mais parle de : « la nécessité d’une vérification des connaissances pré-requises pour aborder la filière choisie… » Autre tollé en vue.

Les Français semblent n’avoir pas conscience qu’en élisant Emmanuel Macron ils ont choisi un changement de société, un choix avec certes une base bien étroite qui ne repose que sur les 24% au premier tour, car les 66% du 2e tour rassemblent principalement des votes de dépit ou de rejet.

« Emmanuel Macron chute dans les sondages, en partie parce qu’il fait ce qu’il faut faire » analyse The Economist de cette semaine. C’est vrai que du côté de la chute, le Président de la République bat des records comme le montre le graphique du même magazine.

L’hebdomadaire britannique en général pas tendre pour la France  et même adepte du French bashing fait remarquer que le Président ne fait qu’appliquer ce qu’il a annoncé dans son programme. Son impopularité l’empêchera-t-elle d’appliquer son projet. Selon ses sources The Economist considère que le Président est indifférent (undeterred) à cette agitation. Sa démarche semble mal comprise, les Français ont voté pour le changement mais ils n’ont pas intégré ce que cela signifie.

Il nous semble que c’est le moment pour le Président de mettre en pratique la méthode qu’il n’a cessé d’évoquer tout au long de Révolution : « explication et pédagogie » mis à par son application pour le Code du Travail, elles manquent cruellement sur les autres sujets…sans oublier que l’accouchement sans douleur porte bien mal son nom et que le travail ne fait que commencer.

Ginette Bléry

Document The Economist