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L’homélie du «Père » Macron

Dernière mise à jour 03/07/2017

Idées. Il y a tant d’amour et de générosité dans ses propos qui veulent redonner au mot « Fraternité » son sens le plus fort et le ton celui d’un envol austère que mon premier vécu dans la voiture où j’ai écouté le discours du président de la République devant le Congrès, était la sensation d’entendre une homélie appelant les chrétiens au partage ! Les derniers seront les premiers car, par exemple, pour les plus faibles il s’agit de «leur redonner, et à eux seuls, les moyens de peser efficacement sur leur destin ». Les phrases, construites en un long balancement, pour peu qu’on en ait envie, donnent à chacun le moyen de trouver son compte. Avec une fin en apothéose.  « En chacun de nous il y a un cynique qui sommeille. Et c'est en chacun de nous qu'il faut le faire taire, jour après jour. Et cela se verra. Alors nous serons crus. Alors nous rendrons le service que le peuple français attend de nous. Alors nous resterons fidèles à cette promesse de nos commencements, cette promesse que nous tiendrons parce qu'elle est la plus grande, la plus belle qui soit : faire à l'homme, enfin, un pays digne de lui ».

Confirmation des changements prévus dans les assemblées

Au-delà de cette première impression, l’annonce de l’organisation de la France est bien présente et les mesures annoncées confirment celles qui avaient déjà été données en filigrane dans la campagne électorale : réduction d'un tiers du nombre de parlementaires, introduction d'une dose de proportionnelle à l'Assemblée nationale  (mais on ne sait pas quelle dose) et rupture entre l'exécutif et la justice. La réforme du Conseil économique, social et environnemental est aussi au programme. S'il veut réduire d'un tiers les membres du CESE, Emmanuel Macron veut en faire «la Chambre du futur, où circuleront toutes les forces vives de la nation». «Nous ferons de cette assemblée le carrefour des consultations publiques», a-t-il expliqué. «L'actuel CESE doit pouvoir devenir le forum de notre République. Il réunira toutes les sensibilités et toutes les compétences, du monde de l'entreprise et du travail, des entrepreneurs et des syndicats, des salariés comme des indépendants, donnera un lieu d'expression aux associations et aux ONG, et deviendra ainsi pour l'Etat la grande instance consultative qui fait aujourd'hui défaut», a précisé le chef de l'Etat. Peut-on extrapoler que cette réforme s’appliquera aussi au Ceser ? On le voit certaines de ces réformes vont bousculer les élus et pour qu’elles soient mises en application le Président n’hésitera pas, si nécessaire,  « à recourir au référendum. »

La liberté forte…levée de l’état d’urgence

Une autre notion fut longuement développée celle de la liberté forte : c’est la liberté de choisir sa vie. Car la liberté est ce qui réconcilie liberté et égalité, justice et efficacité. Elle suppose dit le Président : les nouvelles protections individuelles qui vont avec, en assurant l’éducation, la formation et les sécurités utiles aux grandes étapes de la vie pour pouvoir construire une existence » Cette notion induit évidemment un discours sur le terrorisme islamique où il est surtout question « d’une meilleure prise en considération des victimes ». « Pour rendre la liberté aux Français l’état d’urgence sera levé à l’automne » Le code pénal tel qu’il est, les pouvoirs des magistrats tels qu’ils sont, peuvent, si le système est bien appliqué suffire à protéger le pays.

L’habituel discours de la simplification

On nous promet aussi de ne pas tomber dans l’exubérance législative « Bien s’assurer de la pertinence d’une loi et de ses effets dans le temps pour la corriger ou y revenir est aujourd’hui devenu une ardente obligation ». Moins de lois et des lois plus adaptées et prises rapidement…discours bien connu.

Un Etat décentralisateur ?

Pour ce qui concerne les Régions, le Président Macron affirme tout à la fois une volonté de déconcentration des pouvoirs en ce qui concerne le monde administratif (au niveau préfectoral par exemple) et une volonté de décentralisation du pouvoir en faveur des élus locaux il dit vouloir sortir de l’esprit jacobin et retrouver celui des Girondins. On a évidemment envie de lui dire « chiche ».

Le chef de l’Etat affirme la vision la plus haute de sa fonction et de la mission de la France. Pour ce qui est de sa mission personnelle il la situe dans la réconciliation du peuple avec lui-même : « Ce qui nous est demandé par le peuple français, c'est de renouer avec l'esprit de conquête qui l'a fait, pour enfin le réconcilier avec lui-même ». Quant à la France à l’international, elle se doit de retrouver l’esprit des Lumières défendant les libertés là où  c’est nécessaire, sans imposer son modèle.

A Edouard Philippe de se débrouiller

Toutes ces belles et grandes idées ne sont pas chiffrées, d’ailleurs manifestement pour le Président de la République il ne faut se laisser empêtrer par les détails d’intendance : « ce n’est pas la société des entrepreneurs que nous voulons, ou la société de l’équilibre des finances publiques, ou la société de l’innovation. Tout cela est bien, tout cela est utile. Mais ce ne sont que des instruments au service de la seule cause qui vaille, une cause à laquelle le nom de la France est attaché depuis bien longtemps. Et cette cause est la cause de l’homme. ». Pour les problèmes ancillaires voyez le Premier Ministre. Vivement demain !

Ginette Bléry

Ginette Bléry