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La croissance risque-t-elle d’être freinée par le manque de main-d’œuvre ?

Dernière mise à jour 19/06/2017
Ouvrage de Thierry Demont paru en 2006

Economie. Avec encore quelque 3 millions de chômeurs en France, la question peut paraître incongrue. Pourtant la petite reprise qui se met en place depuis quelques mois et la montée des créations de postes qui l’accompagne met très vite en évidence ce paradoxe puisque quelque 300.000 emplois restent non pourvus en France.

Les chiffres communiqués par le Medef sont éloquents : « Pour la région Normandie, sur les 107 958 postes proposés l’année dernière (contre 93 725 en 2015), 93 068 embauches ont finalement été réalisées. Il y a eu 14 890 abandons de recherche, dont 9 877 n’ont pas trouvé preneurs pour des raisons non conjoncturelles, soit environ 9 % des postes à pourvoir, et près de 20 % l’ont été avec difficulté (soit 18 515 postes) ! Au total, plus d’un tiers des recherches des employeurs initiées en Normandie en 2016 ont donc posé des difficultés de recrutement ! »

Les métiers en tension : aussi bien manuels qu’intellectuels

Si ces résultats sont en ligne avec ceux de la France, on observe que les métiers qui présentent le plus de difficultés de recrutement en volume de postes sont, par ordre décroissant : les serveurs de cafés restaurants, les cuisiniers, les conducteurs routiers, les animateurs sportifs et les attachés commerciaux. Mais les problèmes se posent également pour les mécaniciens, les vendeurs, les agents de propreté, ou encore les auxiliaires de vie.

Il existe également de nombreuses offres d’emplois qualifiés qui peinent à trouver preneur : les métiers liés au numérique (community manager, webmaster, développeur, data scientist, traffic manager), les auditeurs dans les cabinets comptables, les ouvriers et techniciens spécialisés dans la maintenance et la logistique, les cadres des assurances, et les dessinateurs industriels.

Formation initiale et formation professionnelle

Pour le Medef les raisons d’une telle inadéquation sont multiples : emplois précaires, horaires atypiques, conditions de travail difficiles, rémunération peu attractive, image dégradée de certaines professions, absence de personnel qualifié, inadéquation de la formation initiale, etc.

Le problème de l’inadaptation de la formation professionnelle est au cœur des préoccupations de la Région, ce dossier lourd ne saurait aboutir qu’en quelques années. Le travail se fait sur le terrain entre partenaires sociaux, l’Etat et la Région pour adapter la carte des formations au plus près des demandes et des attentes des entreprises.

Ce dont qu’on ne doit pas dire

Les freins à vaincre sont lourds car il ne s’agit pas tant de moyens financiers que de freins psychologiques auxquels s’ajoutent ce que ni les organisations patronales, ni les élus régionaux ne sauraient évoquer : le manque de goût pour le travail, le choix d’un système avec insertion minimale pour vite retourner au statut plus reposant de chômeur si bien indemnisé que le salaire n’apporte guère plus, puisque l’activité professionnelle génère des coûts. Le livre de Thierry Demont que nous avons mis en illustration illustrait bien le problème.

Mais il n’est pas bon de le dire…sur ce sujet comme sur d’autres le silence de la lâcheté sape lentement mais sûrement les fondements de la société. Le nouveau gouvernement prendra t il en considération cet aspect des choses qui, précisons le, n’est qu’une composante mais joue le rôle de mouton noir dans certains environnements ?