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Evreux : construire l’avenir en se réappropriant son passé

Dernière mise à jour 06/06/2017

Evreux autant parisienne que normande

Guy Lefrand annonce 104 millions d’euros pour bâtir « la Porte de Normandie ». Evreux bénéficie d’une situation exceptionnelle au carrefour de l’influence de la métropole parisienne, de l’axe Seine et de Rouen. A 87,8 km de la Défense, à 56 mn de Saint Lazare et à 65 km de Rouen le maire trépigne pour faire bouger cette cité qui a glissé dans la torpeur. Entre 2009 et 2014 la population du centre ville a baissé de 0,7%

 « L’attractivité c’est celle d’un cœur d’agglomération modernisé avec l’aménagement des grandes places de la ville d’Evreux (Grand Carrefour, Sepmanville, Général de Gaulle) la réalisation d’une coulée verte passant par la rénovation du jardin botanique. La reconversion du site Saint-Louis transformera aussi ce cœur d’agglomération » Guy Lefrand nous donne notre plan de travail !

Avant tout, le maire veut mettre l’accent sur l’emploi avec le développement du tourisme qui implique des transformations de la ville pour revivifier son passé souvent enterré (au sens propre du terme), avec aussi le soutien aux entreprises que ce soit pour aider au développement de celles qui sont là ou pour en inciter de nouvelles à venir.

L’entreprise au cœur de la cité

« Pour créer ces orientations, j’ai décidé d’apporter les moyens nécessaires. Plus d’un million d’euros par an d’aides pour le foncier et l’immobilier d’entreprise et des aides pour accompagner l’investissement productif. De plus 10 millions sont apportés pour garantir les emprunts des entreprises. » Voilà une bonne dose de fortifiant pour les entreprises.

Pour le commerce, en centre ville, une boutique test a été créée avec la CCI qui permet à un nouveau commerçant de faire ses premières armes dans des conditions financières privilégiées et avec une aide au management. Pour lutter contre les « cases vides » un outil du suivi du bâti commercial a été mis en place avec la CCI et les agences immobilières. La ville apporte 500.000 euros pour le foncier commercial en centre ville. Notons aussi la création d’une pépinière pour les microprojets, la Pépite. C’est aussi sur ce site que les habitants issus des quartiers qui relèvent de la Politique de la Ville ayant un projet d’entreprise peuvent venir l’exposer dans le cadre de l’opération CitésLab soutenue par la Caisse des Dépôts (CDC). 110 personnes en 2016 se sont adressées au CitésLab pour des créations allant d’un garage au food truck en passant par le cabinet de réflexologie.

Une trame verte et bleue

L’Iton, petite rivière qui prend sa source dans le Perche et va se jeter dans l’Eure à Acquigny se scindait autrefois en plusieurs bras dans la ville qui se structuraient autour d’eux. Sur ses rives se rassemblaient nombre d’activités dans les siècles passés : les tanneries et les teintures s’y étaient développées donnant naissance à une  spécialité, le drap vert noir d’Evreux qui jouissait d’une bonne réputation et contribuait à la prospérité de la ville. Ce n’est pas par hasard qu’elle fut appelée  « la ville aux cents ponts »

Lors de la Reconstruction des années 1950, pour des raisons de salubrité publique, plusieurs bras de l’Iton sont comblés ou couverts, donnant un nouveau visage à la cité. L’équipe municipale a décidé de redonner à cette rivière toute la place qui était autrefois la sienne et d’en faire un argument touristique. Les premiers travaux ont été commencés par Jean-Louis Debré quand il était maire d’Evreux, abandonnés et repris maintenant. Il s’agit de valoriser cette coulée bleue, d’en faire un lieu de promenade, de balade à pied ou à vélo sur ses rives mais aussi en barque. Suivre l’Iton sera une promenade romantique et historique à travers toute la ville. Une bonne partie de ce travail est déjà avancé mais il est à continuer avec la valorisation du petit patrimoine comme les anciens lavoirs, et les moulins.

Il n’est pas un endroit de cette ville où la vue ne rencontre des collines verdoyantes et boisées et les projets de valorisation de la coulée verte structurent le plan de développement établi par le cabinet d’études JNC international.

Evreux, une ville entourée de vertes collines qui mettra le vert et le bleu en son coeur

Collectivités.  Avec leur drôle de gentilé, les Ebroïciens nous rappellent que la tribu des Eburovices occupait jadis ce Milieu de la plaine, au sud la Seine et qu’ils étaient là bien avant les Romains comme en témoigne Gisacum à 6 km d’Evreux, la plus vaste ville-sanctuaire de Gaule. Un site qui n’a pas encore livré tous ses mystères. Cette terre de passage où Romains, Vikings, Anglais s’installèrent tour à tour, fit partie des principales cités normandes. Ce fut et c’est toujours une ville épiscopale avec la présence de l’évêché et son extraordinaire cathédrale au gothique flamboyant en plein centre ville.

Si ce chef-lieu compte à peine 50.000 habitants, l’agglomération dépasse 81.000 et, avec la loi NOTRe, le nouvel ensemble Evreux Porte de Normandie représente un territoire de plus de 100.000 habitants, soit la ville la plus importante du département. « Evreux inscrit sa zone d’influence dans la moyenne des agglomérations de la Normandie, ce dont le département a besoin pour renforcer son attractivité et sa « signature » s’enthousiasme Guy Lefrand maire d’Evreux et président de l’agglomération. Une évolution qui va dans le sens de ses ambitions qui sont grandes pour faire retrouver de l’attractivité à cette ville qui connut ses heures de gloire et celles de misères. Mais Guy Lefrand est médecin, soigner c’est sa vocation et il a mis sur pied un traitement de choc pour sa ville. De plus il est urgentiste…ce n’est pas demain qu’on agit mais tout de suite. Son projet vise tout à la fois la performance économique, la performance sociale et la performance environnementale.

Guy Lefrand maire d’Evreux, président de l’agglomération Porte de Normandie, V.P. de la Région

La rénovation de Navarre

La nature est déjà au cœur de la vie quotidienne puisque Evreux est la seule ville de France à être dotée d’un berger municipal, les moutons se chargent de l’entretien de certains espaces verts. Ils paissent sur les coteaux de Saint-Michel et de Nétreville et viennent hiverner au parc Navarre. C’est précisément sur cette vaste zone, à l’ouest de la ville, où se trouve l’hippodrome qu’étaient les usines Navarre spécialisées dans le travail des métaux non ferreux (fabrication de dés à coudre) qu’est prévue une des réhabilitations vertes, car il y en a d’autres. En place des emblématiques usines sont prévus un quartier des artisans, la création d’un centre d’agrotourisme avec un conservatoire des races normandes à la ferme de Navarre, la création d’un parc forestier de loisirs dans la forêt d’Evreux, la création d’un pôle évènementiel d’extérieur au champ de course, la création d’une aire de camping car en lisière de la forêt. On y implantera aussi la ferme pédagogique qui existe déjà ailleurs.

 Un centre ville à vivifier

« Depuis notre installation il y 3 ans, j’énonce la place du centre-ville comme la priorité N°1. Cela va au-delà, le centre-ville est la base de notre développement. Le centre-ville est le cœur battant d’un projet touristique qui couvre l’ensemble du territoire. L’ambition est grande et réelle » déclare avec fougue Guy Lefrand.

Comme beaucoup de cités normandes qui ont subi la guerre, il n’y a plus de centre ville avec maisons à colombages, rue étroites aux échoppes avenantes… tout cela fut largement détruit. On trouve encore la tour de l’Horloge ou Beffroi, édifié entre 1490 et 1498, haute de 43,90 m.  Avec sa flèche en style gothique flamboyant c’est le seul beffroi qui subsiste en Normandie. La cathédrale et l’église St Taurin ont été épargnées mais le reste a été reconstruit dans les années 1950.

La ville a eu la chance lors de sa reconstruction de bénéficier des travaux de Pierre Dupont, un ébroïcien, architecte exceptionnel qui malgré les faibles moyens financiers dont il disposait pour les projets, a cherché une architecture « raisonnable » qui n’efface pas les traces du passé. Son souci constant fut la recherche d’un équilibre entre les valeurs traditionnelles et les exigences économiques du moment.

Il a résisté aux pressions des directions de Paris qui, pour aller vite, voulaient des immeubles en série, il a conçu chaque bâtiment comme un objet unique, s’opposant au taylorisme gouvernemental. Il a fait preuve de créativité, par exemple, l’immeuble de la Sécurité Sociale  bénéficie d’un plancher en béton précontraint, une première à l’époque. Il n’a pas manqué, dès que ce fut possible, d’utiliser le 1% pour les œuvres d’art en faisant intervenir les artistes locaux. L’œuvre de Pierre Dupont comprend plus de 200 projets dont un tiers à Evreux.

« Cette reconstruction a moins fait couler d’encre que celle du Havre par exemple. Elle présente pourtant de nombreuses qualités originales par sa capacité à s’insérer dans le site et à dialoguer avec la ville ancienne. Dans cet esprit, elle répond aux impératifs de la modernité de l’époque tels que la construction rapide et efficace en béton, la circulation automobile, la pénétration de l’air, de la lumière et de la verdure dans la ville. Elle fait désormais partie du patrimoine historique de la ville» écrit son fils Hervé Dupont.

Pas de grands chambardements en vue, la Place Charles de Gaulle est le cœur du centre ville et un projet de réaménagement vise à dégager les perspectives et mettre en valeur le beffroi. 

Il est prévu un embellissement des perspectives urbaines de la ville par un travail sur les façades, leur mise en lumière et l’intégration des enseignes en harmonie avec celles-ci. Une approche chromatique animera le béton et un traitement esthétique des enseignes pour éviter un foisonnement anarchique sans tomber dans un purisme réducteur et sans chaleur.

D’ailleurs en centre ville nombre de rues ont déjà  bénéficié de la rénovation comme les rues Joséphine, Général Leclerc, Maréchal Joffre, Place du Grand Carrefour.

Retrouver la mémoire de la place Sepmanville

L’aménagement de la place Sepmanville entre dans une phase active depuis l’été 2016 et durera jusqu’en 2018. Pour comprendre cette place il faut tout simplement remonter à la Guerre de Cent ans. Mais si, rappelez vous, après sa victoire à Azincourt (1415) le roi d’Angleterre Henri V entreprend la conquête de toute la Normandie, la région va rester anglaise pendant plus de 30 ans. Le roi Henri V impose à la bourgeoisie d’Evreux le financement de la construction d’un boulevard d’artillerie polygonal, situé maintenant sous la place Sepmanville en plein centre ville. Les travaux vont mettre en valeur les vestiges médiévaux d’Évreux et conférer à la place Sepmanville une vocation touristique.

Les trois grands secteurs d’activités : à l’ouest art, nature et sport, au nord santé et bien-être, au centre le cœur de ville

Evreux l’Américaine

Largement détruite par la dernière guerre, Evreux s’inscrit sur la route de la libération de la France, les Américains y arrivent en sauveurs et émerveillent les populations avec aussi bien le chewing-gum, le Coca-cola que les antibiotiques, le DDT qui débarrasse des poux et des moustiques ou les pastilles de chlore qui évitent la propagation du choléra. Ils amènent aussi leur génie logistique pour construire des ponts, réparer les voies ferrées. Les aérodromes sont stratégiques pour la lutte contre l’ennemi pas moins de 15 seront construits en Normandie mais seul celui d’Evreux connaîtra un destin particulier.

La population vécut cette arrivée avec enthousiasme puis avec réticence, celle-ci sera réciproque car les Américains craignent que les anciens « collabos » ne les empoisonnent !

S’ils ont conquis l’Angleterre et ont été occupés par les Anglais au 15e siècle, les Normands ne sont toujours pas anglophones même si on dénombre plus de 800 mariages de Normandes avec des Américains et c’est une division qui s’installe dans la ville qui se reconstruit grâce au plan Marshall. Les cités américaines se sont construites en dehors du centre ville selon des normes d’urbanisme bien différentes.

De ce long séjour des Américains à Evreux, il reste la Base 105 en pleine renaissance, la cité La Fayette, l’Hôpital Américain que la ville entend se réapproprier sans oublier le rock’n’roll dont elle maintient la tradition avec le festival.

La Fayette nous voilà

Après la fin de la guerre, l’activité de la base aérienne est intense et de 1950 à 1967, le quartier La Fayette, au nord de la ville, abrite une centaine de familles américaines qui y travaillent. Une fois les Américains partis, l’armée française y relogera ses militaires. Par la suite, les maisons ont été laissées à l’abandon. Il s’agit d’une forme d’habitations particulières avec de grandes maisons, de vastes terrains sans clôtures, rares témoins de la présence de l’armée américaine en France.

Le projet de village thématique autour de l’architecture américaine des années 60 serait constitué de 20 à 25 maisons regroupées dans un îlot isolé autour d’une placette en proximité d’un espace foncier valorisable d’environ 7.500 m2. C’est à dire un habitat de faible densité qui préserve le site et les espaces ouverts. Une aire d’accueil touristique et un pôle multimodal de transport figurent dans le projet. Une étude de faisabilité est lancée pour la création d’un Musée vivant de l’OTAN.

Le site comprend aussi quelques caravanes caractéristiques de l’époque américaine, quelques unes pourraient être restaurées avec vocation touristique et à côté pourraient s’installer des camping-caristes amateurs d’histoire.

Evreux Terre de Santé et de bien-être

Le travail sur l’attractivité repose sur de multiples facettes et le Dr Lefrand sait bien qu’à côté du patrimoine et de la nature, santé et bien-être font désormais partie des arguments touristiques.

Plusieurs sites dans Evreux sont destinés à offrir des services de santé et bien-être.

Le centre hospitalier St Louis, construit après guerre, a été transféré dans le quartier de Cambolle, en périphérie de ville où il offre tous les services d’un hôpital moderne. Construit dans un cadre environnemental de qualité à proximité du golf et de la forêt, il serait possible d’y développer des hébergements dédiés à la rééducation ou un centre de jour avec des hébergements.

L’ancien hôpital Saint Louis, représente une opportunité foncière d’environ 4 hectares en centre ville. Dès 2012  la mairie avait sollicité l’intervention de l’Etablissement Public Foncier de Normandie (EPFN) pour une reconversion avec logements et commerces.

Maintenant Evreux souhaite poursuivre ce partenariat avec l’EPFN en vue de poursuivre sa requalification. Il s’agit de recréer un cœur de vie et de détente autour des bars et restaurants qui existent déjà, d’y ajouter des enseignes à vocation culturelle. Une aile de l’hôpital pourrait être reconvertie pour des formations et l’accueil des étudiants. Des espaces santé et bien-être y sont prévus aussi.

Quant à l’hôpital américain il pourrait être reconverti en hôpital du sommeil, un service dont nombre de personnes ont de plus en plus besoin.

Pour les financements certains sont déjà engagés une première convention d’engagement a été signée en octobre 2015 entre la Région Haute-Normandie, Sébastien Lecornu pour le département et Guy Lefrand d’autres sources viennent de l’UE, de l’Etat via CPIER, EPFN, Agence de l’Eau, Ademe, les suivants suivront le même chemin, bref être maire maintenant suppose surtout de faire de l’ingénierie financière.

Ginette Bléry

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La façade des anciens immeubles construits après-guerre sera animée par des touches de couleurs