idées


Rencontres territoriales de la formation : les limites du politique

Dernière mise à jour 03/05/2017

Idées. Il y aura 18 rencontres territoriales de la formation, normandiexxl vous a parlé de celles d’Evreux et de Vernon, et assistait mercredi 3 mai à celle de Pont Audemer (27). La méthode est bien rodée, il s’agit pour la Région d’établir le dialogue avec les chefs d’entreprises, en présence des multiples organismes concernés, afin de cerner au mieux les besoins en formation pour en établir une nouvelle carte en 2018.

Sur le terrain, pour chaque bassin d’emploi, des ambassadeurs sont choisis qui doivent faciliter la circulation de l’information des entreprises vers la Région via les animateurs emploi-formation délégué pour chaque bassin. Pour Pont-Audemer il s’agit de Nelly Bogdanski, gérante de Gastebois et de William Bellon de SRTP.

David Margueritte est le missionnaire de cette opération qui met en pratique les qualités d’écoute dont il a fait preuve pour la campagne apprentissage et, pour Pont-Audemer, Hervé Morin l’accompagnait puisque c’est le territoire qui l’a élu à la Région. Il était accueilli par Michel Leroux, maire de Pont-Audemer et Président de la Communauté de Communes Pont-Audemer Val de Risle.

Les chefs d’entreprises étaient nombreux à cette rencontre et les problèmes évoqués  recoupent largement ceux évoqués dans les précédentes rencontres : Dominique Périer à la tête de 3 grandes surfaces d’Intermarché, se plaint des difficultés de recrutement dans les métiers de bouche, les bouchers sont quasiment en train de disparaître, il va falloir se préparer à manger de la viande pré-emballée. « Le cochon entre à un bout de l’usine, les morceaux emballés ressortent à l’autre et entre les deux il n’y a eu que des machines pour découper » explique-t-il. La responsable de l’auto-école n’arrive pas à trouver de moniteurs ; une association peine à faire former les personnes pour l’aide à domicile ; « on ne trouve plus de couturière » constate la représentante de Girot SA façonnier en couture, en confection. Pour Vincent Hémery, Pdg de Blard « les jeunes ne veulent plus travailler sur machine mais veulent être dans un bureau et les commerciaux sont tout aussi difficiles à trouver ».  Quant à Fabien Pequery, directeur général de B+K France, une entreprise qui fabrique des films pour les emballages, sa recherche de 5 postes à pourvoir pour l’extrusion relève de l’épopée :  séance chez Pôle Emploi, 15 personnes dans la salle, 7 se disent intéressées. On passe à la phase des tests, 4 sont reçues, 2 finalement seront sélectionnées qui au bout d’une semaine en entreprise, partiront. « Trop dur » disent ces recrues. « L’écart entre ce que touche la personne au chômage et le salaire n’est pas suffisant » analyse Fabien Pequery « car le travail signifie effort, frais de déplacement, de présentation etc. »

« Un an en CDD n’incite pas à aller vers un CDI mais plutôt à bénéficier d’une année chômage » lance un participant amer.

La difficulté des employeurs s’explique en partie par le faible niveau de qualification de ce bassin d’emploi, par une proportion anormalement forte (26%) de personnes de plus de 50 ans mais leur vécu est qu’ils se heurtent à des gens qui n’ont aucune envie de travailler.

Que peut faire la Région pour cela ?

On n’est plus dans des problèmes d’ajustement d’offre et de demande mais dans des problèmes de société.

Ni Hervé Morin, ni les autres membres de l’équipe de la Région n’ont relevé ces plaintes. De fait, il s’agit d’un choix de comportement qu’il est bien difficile de changer de manière démocratique, nous sommes devant l’établissement d’une mentalité destructrice qui gangrène une société, le triomphe de l’assistanant.

Certains dirigeants comme Staline, Hitler, Mao, ont pensé avoir trouvé le moyen de faire penser correctement. Non seulement les camps de travail ne sont le bon chemin (sic), mais en plus, ils n’ont réussi à convaincre personne.

Alors devant l’insistance de certains intervenants, le Président s’est contenté d’un haussement d’épaules et a vite rappelé toutes les pistes qu’il ouvrait pour ceux qui veulent changer la situation.

Nous avons donc un stoïcien à la tête de la Région qui a choisi d’agir sur ce qu’il peut changer. Pour mémoire, cette philosophie repose sur l'acceptation de ce qui ne dépend pas de nous. Pour vivre heureux et libre, selon les stoïciens, il ne faut pas lutter en vain contre ce qui ne dépend pas de nous, mais au contraire l'accepter et nous abstenir des vices et passions qui nous y exposent. Avouons que je viens juste de relire Sénèque.

Ginette Bléry